Loin des périphrases diplomatiques et des ambiguïtés calculées, il a rappelé une évidence que toute analyse de bonne foi permet de vérifier : cette guerre n’est pas partie du Rwanda. Cette affirmation, dénuée de posture victimaire, se fonde sur des faits établis et documentés, trop souvent éludés au profit de récits simplificateurs.
La persistance sur le sol congolais des FDLR, groupe armé porteur d’une idéologie génocidaire avérée, leur intégration assumée au sein des FARDC, ainsi que la banalisation d’un discours de haine ouvertement relayé par des responsables politiques et leurs relais médiatiques, ne relèvent ni de la rhétorique ni de l’exagération.
Le Président Kagame l’a souligné sans détour : ces discours ont produit des actes concrets, d’une violence extrême, allant jusqu’à des pratiques relevant de la barbarie la plus absolue. Dans ce contexte, réduire l’implication supposée du Rwanda à une motivation économique, en invoquant le raccourci paresseux du « pillage », relève non seulement de la mauvaise foi intellectuelle, mais aussi d’une volonté manifeste de masquer les causes profondes du conflit.
Cette stratégie de désignation systématique du Rwanda comme bouc émissaire commode permet depuis des décennies d’éluder les responsabilités internes congolaises, d’éviter toute remise en cause structurelle de la gouvernance sécuritaire et de contourner l’échec patent des dispositifs internationaux.
La question posée par le Président Kagame sur la responsabilité de l’échec de la MONUSCO est à cet égard centrale : qui répondra de décennies de présence onusienne sans résultats tangibles en matière de protection des civils ? En refusant d’y répondre, la communauté internationale contribue à perpétuer un cycle de crises dont les conséquences humaines sont pourtant dramatiquement visibles.
Les mesures défensives du Rwanda : une ligne rouge non négociable
Face à cette accumulation de dénis et de contournements, le Président Kagame a tenu à rappeler un principe cardinal de la souveraineté : le Rwanda ne sollicite aucune faveur, aucune autorisation morale ou politique pour assurer la sécurité de ses citoyens et la protection de leurs biens.
Les propos récents de l’ambassadrice du Rwanda aux États-Unis, qui ont suscité des réactions hâtives et parfois jubilatoires chez certains observateurs, ont été interprétés à tort comme un recul ou une concession. Il n’en est rien. Ils s’inscrivent dans la stricte application de mesures défensives, assumées et revendiquées, destinées à prévenir toute menace existentielle contre l’État rwandais.
Cette position, ferme et répétée, trace une ligne rouge claire : la sécurité nationale du Rwanda n’est pas négociable. Elle ne saurait être subordonnée aux atermoiements diplomatiques, aux intérêts contradictoires des acteurs régionaux ou aux jeux d’influence internationaux.
En cela, Kigali adopte une posture de responsabilité stratégique, préférant l’anticipation à la réaction tardive, la lucidité à l’illusion du consensus de façade.
Pour autant, le discours présidentiel n’est ni fermé ni fataliste. Il reconnaît qu’il existe des voies de règlement politique et des solutions durables aux crises récurrentes de la région. Mais ces solutions exigent une volonté politique sincère, aujourd’hui fragmentée et désarticulée par des intérêts divergents, parfois cyniques, qui prospèrent sur la perpétuation de l’instabilité.
Tant que ces interférences primeront sur la recherche honnête des causes profondes, gouvernance défaillante, instrumentalisation des identités et des groupes armés, impunité idéologique, toute tentative de paix restera précaire.
Ainsi, l’analyse portée par le Président Kagame au Mushyikirano 20 s’inscrit moins dans une logique de justification que dans une mise en garde politique : continuer à ignorer la réalité, à désigner de faux responsables et à refuser d’assumer les échecs collectifs, c’est condamner la région des Grands Lacs à une répétition tragique de ses propres drames.














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