Loin d’un simple échange médiatique, cette intervention s’apparente à une confession institutionnelle, au sens presque archivistique du terme : elle met à nu, sans fard, les tensions structurelles qui traversent l’appareil d’État.
L’ancien ministre des Finances, artisan d’une progression spectaculaire du budget national passé, selon ses propres termes, de quatre à seize milliards de dollars ne dissimule ni son amertume ni son indignation.
A l’entendre, chaque accroissement des recettes publiques suscitait moins une réflexion stratégique sur l’investissement productif, la consolidation des services publics ou la réduction de la dette qu’une pression immédiate en vue d’une redistribution précipitée et clientéliste : « donne l’argent, on se le partage ; la réflexion, ce sera pour plus tard ».
Cette formule, d’une brutalité presque triviale, concentre à elle seule une pathologie budgétaire : la substitution du court-termisme opportuniste à la planification rationnelle.
Ce témoignage éclaire une réalité trop souvent diluée dans les chiffres globaux : l’augmentation des ressources publiques n’est pas, en soi, garante de progrès institutionnel. Elle peut, au contraire, exacerber les appétits si elle n’est pas enchâssée dans un cadre normatif rigoureux, fondé sur la discipline budgétaire, la hiérarchisation des priorités et la reddition des comptes.
La parole de l’ancien ministre dévoile ainsi moins un dysfonctionnement ponctuel qu’une culture de gestion où la dépense prime sur la vision, où l’urgence proclamée supplante la prospective et où la solidarité nationale cède devant la fragmentation des intérêts.
Conserver jalousement cette émission relève donc d’un devoir de mémoire civique. Elle documente non seulement une époque, mais un esprit ; non seulement des pratiques, mais une conception implicite du pouvoir financier comme réservoir distributif plutôt que comme levier stratégique.
En cela, elle s’inscrit dans une tradition de témoignages qui, rétrospectivement, éclairent les ressorts profonds des crises budgétaires.
Expansion institutionnelle et dérive des charges : anatomie d’un déséquilibre structurel
L’analyse des difficultés financières actuelles ne saurait se limiter aux déclarations individuelles, aussi éclairantes soient-elles. Elle impose une lecture systémique des choix opérés au sommet de l’État.
L’explosion de la masse salariale, l’accroissement continu des frais de fonctionnement des institutions et la création de cinquante-trois établissements publics supplémentaires sous l’impulsion de la présidence constituent autant de facteurs concourant à une tension budgétaire structurelle.
La création d’entités publiques, lorsqu’elle n’est pas précédée d’une étude d’impact rigoureuse, d’une planification stratégique et d’une budgétisation sincère, engendre un effet multiplicateur sur les charges récurrentes : salaires, primes, infrastructures, logistique, véhicules, missions, fonctionnement courant.
Chaque nouvelle structure introduit une inertie financière supplémentaire, transformant le budget en agrégat de dépenses incompressibles. Or, une fois ces charges consolidées, leur réduction devient politiquement coûteuse et administrativement complexe.
A cela s’ajoutent les missions à l’étranger, souvent accompagnées de délégations pléthoriques, dont le coût cumulé pèse lourdement sur le Trésor public.
Au-delà de la dépense immédiate ; billets d’avion, indemnités journalières, hébergement, logistique se pose la question de l’efficience : quelle valeur ajoutée réelle pour l’économie nationale ?
Quelle traçabilité des résultats obtenus ? Quelle évaluation ex post des retombées ? L’absence de mécanismes d’évaluation transforme ces déplacements en charges discrétionnaires, difficilement justifiables dans un contexte de contraintes budgétaires.
L’explosion de la masse salariale traduit, quant à elle, une dynamique de recrutement et de rémunération qui dépasse la capacité contributive de l’économie nationale. Lorsque les dépenses de personnel absorbent une part excessive des recettes, l’État voit se réduire sa marge d’investissement dans les infrastructures, l’éducation, la santé ou la sécurité. Il devient gestionnaire de sa propre inertie plutôt qu’architecte de son développement.
Ainsi se dessine une contradiction majeure : l’augmentation substantielle du budget global n’a pas été accompagnée d’une réforme qualitative de la dépense publique. L’expansion quantitative a précédé la rationalisation qualitative. Ce déséquilibre explique en partie les difficultés actuelles : le budget, gonflé en apparence, demeure structurellement vulnérable, car lesté de charges fixes et de dépenses de fonctionnement qui limitent sa flexibilité.
En définitive, la question posée par cette séquence politique dépasse la polémique conjoncturelle. Elle interroge le modèle de gouvernance financière adopté : un État peut-il durablement prospérer s’il privilégie l’expansion administrative à la consolidation institutionnelle ?
La soutenabilité budgétaire exige non seulement des recettes accrues, mais une discipline dans l’allocation des ressources, une hiérarchisation des priorités et une éthique de responsabilité. Sans ces garde-fous, l’accroissement budgétaire risque de n’être qu’un mirage statistique, dissimulant une fragilité croissante des fondements financiers de la République.














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