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Diplomatie itinérante et paix introuvable

Redigé par Tite Gatabazi
Le 9 avril 2026 à 11:22

Le déplacement précipité du théâtre des négociations, de Doha vers la Suisse, en raison des répercussions régionales d’un conflit armé impliquant États-Unis, Israël et Iran, constitue en soi une illustration saisissante de l’extrême fragilité des processus de paix contemporains.

Que les pourparlers relatifs à la crise de l’Est de la République démocratique du Congo soient ainsi tributaires de convulsions géopolitiques exogènes révèle, avec une acuité presque tragique, l’absence d’ancrage souverain de cette quête de stabilité.

L’annonce d’un nouveau round de discussions entre les délégations du gouvernement congolais et de l’AFC/M23, prévu le 13 avril 2026 en territoire helvétique, s’inscrit dans une longue série de tentatives diplomatiques dont la répétition finit par confiner à la ritualisation stérile.

A chaque cycle de négociations correspond un espoir proclamé, aussitôt dissipé par l’inertie des volontés politiques et la persistance des logiques de confrontation.

L’implication affichée de États-Unis, désireux de superviser et d’infléchir l’issue de ces pourparlers, ne saurait masquer une réalité plus préoccupante : la paix au Congo semble constamment externalisée, comme si elle ne pouvait émerger que sous l’égide de puissances tierces. Cette dépendance diplomatique, loin de consolider le processus, en souligne la précarité intrinsèque.

Dès lors, l’on est en droit de s’interroger : ce énième « round décisif » constitue-t-il une véritable avancée, ou n’est-il qu’un épisode supplémentaire d’une dramaturgie diplomatique appelée à se répéter indéfiniment ?

L’expérience incline, hélas, vers la seconde hypothèse, celle d’un processus qui, à force d’être relancé, s’épuise dans sa propre circularité.

Volonté défaillante et tentation de l’épreuve de force

Au cœur de cette impasse récurrente se trouve une question fondamentale : celle de la volonté politique. Car aucune médiation, si sophistiquée soit-elle, ne saurait suppléer à l’absence d’un engagement sincère des acteurs directement concernés.

Or, les signaux émanant du sommet de l’État congolais, incarné par Félix Tshisekedi, nourrissent un doute persistant quant à la priorité réelle accordée à une sortie pacifique du conflit.

L’hypothèse selon laquelle la perpétuation d’un état de guerre pourrait servir des calculs de conservation du pouvoir notamment dans la perspective de contourner les contraintes constitutionnelles, bien que controversée, mérite d’être examinée sans complaisance.

L’histoire politique regorge de précédents où l’instabilité sécuritaire a été instrumentalisée comme levier de légitimation ou de prolongation de l’autorité.

Si tel devait être le cas, il s’agirait d’un pari d’une extrême gravité : celui de sacrifier la paix et la stabilité d’une nation sur l’autel d’intérêts politiques immédiats. Une telle stratégie, outre qu’elle compromet durablement la cohésion nationale, expose le pays à une spirale de violence dont les conséquences échappent, par nature, à tout contrôle.

En définitive, la répétition des cycles de négociation sans issue tangible ne saurait être imputée aux seules contingences extérieures ou aux aléas diplomatiques. Elle révèle, plus profondément, une crise de la décision politique, une incapacité ou un refus de rompre avec les logiques de confrontation.

Ainsi, derrière l’apparente solennité de ce nouveau rendez-vous en Suisse, se profile le spectre d’un scénario désormais familier : celui d’un processus qui promet beaucoup, mais qui, faute d’une volonté politique authentique, risque une fois encore d’accoucher d’une dérisoire illusion.

Le déplacement des négociations de Doha vers la Suisse illustre la fragilité des processus de paix face au conflit impliquant États‑Unis, Israël et Iran

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