Les lignes rouges comme illusion rhétorique

Redigé par Tite Gatabazi
Le 13 janvier 2026 à 10:03

Félix Tshisekedi avait, avec emphase et gravité, proclamé que le dialogue politique constituait une ligne rouge infranchissable, érigée en principe intangible, en marqueur moral, en jalon de sa posture de rupture.

Cette affirmation, répétée à l’envi, se voulait la traduction d’une intégrité irréprochable et d’une volonté ferme de préserver l’État de droit. Or, la réalité politique révèle un contraste saisissant : celui qui s’était fait le chantre de l’intransigeance négocie aujourd’hui exactement ce qu’il condamnait hier, trahissant par là-même le sceau de constance qu’il prétendait incarner.

La situation se corse lorsqu’il s’agit du rapport avec l’ancien Président Joseph Kabila Kabange. Le président Tshisekedi, qui avait laissé sa justice orchestrer un procès médiatiquement spectaculaire mais juridiquement contestable, semble désormais engagé dans des démarches de conciliation ou d’excuses implicites.

Ce retournement, loin d’être surprenant pour les observateurs attentifs, révèle que les engagements moraux proclamés peuvent céder devant l’exigence pragmatique des rapports de force. Le discours de rupture, présenté comme une ligne de défense éthique, s’efface devant la nécessité de préserver ou de négocier l’équilibre politique.

La dictature de l’opportunisme

Cette volte-face illustre une vérité politique dérangeante : les lignes rouges n’existent que dans le registre des déclarations publiques. Les principes, lorsqu’ils se heurtent à l’art délicat du calcul, s’effacent au profit d’un opportunisme impitoyable. Ce qui était dénoncé comme trahison devient un impératif stratégique ; ce qui était diabolisé se rend soudainement fréquentable.

La constance, qualité cardinale de tout leadership crédible, a été supplantée par la flexibilité tactique et le pragmatisme circonstanciel.

En politique, les slogans s’effritent, les postures s’évanouissent, mais les actes trahissent toujours les intentions véritables. Le président Tshisekedi semble découvrir, à ses dépens, que l’émotion, les procès spectaculaires et les promesses creuses ne suffisent pas à asseoir durablement une autorité.

Le temps, juge silencieux et inexorable, ne s’indigne pas ; il révèle. Et ce qu’il révèle aujourd’hui, c’est l’écart abyssal entre le verbe triomphant d’hier et les réalités politiques d’aujourd’hui, entre le mythe de la rupture et la nécessité impérieuse de composer avec des forces que l’on croyait vaincues.

Joseph Kabila Kabange, ancien président de la République démocratique du Congo

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