S’exprimant ce vendredi soir lors d’un dîner-débat organisé dans le cadre de la 18ᵉ édition de la World Policy Conference, à Chantilly, le chef de l’État rwandais a estimé que le monde n’a jamais véritablement offert un ordre équitable et stable, en particulier pour l’Afrique et les pays du Sud.
Le Président Paul Kagame a souligné que, même durant les périodes généralement perçues comme stables, de profondes disparités ont toujours persisté. « Il y a toujours eu des inégalités. Il y a toujours eu des foyers de tension », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il a longtemps été admis que « ce qui se produit dans le Sud global dépend du Nord global et est déterminé par celui-ci ».
Le Président Paul Kagame a en outre décrit un système international marqué par la prééminence des grandes puissances, lesquelles disposent d’une large marge de manœuvre pour agir dès lors que leurs intérêts sont en jeu, tandis que les États de petite et moyenne taille se voient contraints de s’aligner, au risque de s’exposer à des sanctions ou à des critiques. « Les petites puissances, les petits pays, ainsi que les puissances intermédiaires sont simplement censés suivre la ligne. C’est tout », a-t-il affirmé.
Il a par ailleurs insisté sur le fait que l’Afrique subit les effets de ces déséquilibres « depuis toujours », et non uniquement lors des crises les plus visibles. « Elle en a été affectée même lorsque la situation semblait stable à l’échelle mondiale, dans un système où l’on vous dicte ce qu’il faut faire et comment le faire, sous peine de conséquences », a-t-il observé.
Abordant la question de la légitimité dans l’ordre international, le Président Paul Kagame a soulevé une interrogation fondamentale : « Qui décide de ce qui est bien ou mal, et sur quelle base ? Est-ce simplement parce que vous détenez le pouvoir que vous déterminez ce qui est juste ou injuste ? »
S’il a reconnu que l’ancien ordre mondial constituait « un processus en constante évolution », il a toutefois estimé que la fragmentation actuelle en met clairement en évidence les limites.
Le Chef de l’État a également mis en garde contre les répercussions du conflit en cours au Moyen-Orient, qu’il juge particulièrement préoccupantes. « La situation est très grave. Les grandes puissances doivent rapidement trouver une solution. À défaut, cela pourrait dégénérer en une crise plus large à l’échelle mondiale », a-t-il averti, évoquant notamment la hausse des prix du pétrole, des denrées alimentaires et des engrais, « qui affecte des millions, voire des centaines de millions de personnes ».
S’agissant des perspectives du continent africain, Paul Kagame a appelé à une approche fondée sur la valorisation des ressources internes. « Le continent doit s’appuyer sur ses propres atouts, dont il dispose en abondance : les populations, les ressources naturelles ainsi que des cultures riches issues de savoirs et de pratiques variés, qui nourrissent la fierté des peuples », a-t-il déclaré.
Il a illustré ses propos par l’exemple du Rwanda, soulignant que la reconstruction du pays s’est avant tout appuyée sur ses capacités propres. « Nous avons puisé en nous-mêmes les moyens de reconstruire notre pays. Même si nous avons collaboré avec des partenaires et bénéficié d’un appui extérieur, il nous a fallu commencer par nous-mêmes », a-t-il expliqué.
Le Président a en outre plaidé pour une gouvernance mondiale plus inclusive, permettant à chaque pays, indépendamment de sa taille, de contribuer aux décisions collectives. « Chacun devrait avoir la possibilité de s’exprimer et d’apporter une contribution bénéfique à l’ensemble de la communauté internationale », a-t-il affirmé.
Évoquant les tensions régionales, notamment dans l’est de la République démocratique du Congo, il a appelé à la patience et à une approche centrée sur les causes profondes. « Les problèmes ne peuvent être résolus instantanément. Les crises ne se surmontent pas en si peu de temps », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de privilégier le dialogue afin de parvenir à des solutions mutuellement bénéfiques.
Fondée en 2008, la World Policy Conference a pour objectif d’améliorer la gouvernance mondiale en analysant et en proposant des réponses aux grands défis régionaux et internationaux, dans un esprit de confiance et de tolérance.
La 18ᵉ édition de la World Policy Conference se tient du 24 au 26 avril 2026 au Domaine Les Fontaines, à Chantilly, sous le thème : « Entre fragmentation et interdépendance : repenser la gouvernance mondiale ». Elle aborde notamment des enjeux majeurs tels que le commerce international, l’intelligence artificielle ainsi que les conflits en Europe et au Moyen-Orient.














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