Les responsables politiques appelés à rejeter tout divisionnisme alors que le Rwanda clôt la Semaine de commémoration

Redigé par IGIHE
Le 13 avril 2026 à 05:19

Le président du Sénat, François-Xavier Kalinda, a pointé le fait que le génocide perpétré contre les Tutsi de 1994 est le résultat d’une longue histoire de mauvaise gouvernance et de politiques fondées sur l’ethnicité, appelant les dirigeants politiques actuels à éviter toute action susceptible de replonger le pays dans un tel passé tragique.

Il s’exprimait ce 13 avril 2026, lors de la clôture de la Semaine nationale de commémoration, à l’occasion de laquelle des responsables politiques et dirigeants se sont réunis pour honorer leurs pairs assassinés durant le génocide contre les Tutsi pour avoir résisté à la campagne d’extermination.

La cérémonie s’est tenue au mémorial du génocide de Rebero, site dédié à la mémoire des responsables politiques qui se sont opposés à l’injustice et au divisionnisme.

François-Xavier Kalinda a souligné le fait que les politiques discriminatoires fondées sur les divisions ethniques ont joué un rôle central dans le processus ayant conduit au génocide contre les Tutsi.

« Le génocide contre les Tutsi est le résultat d’une série de décisions de mauvaise gouvernance, à commencer par la période coloniale qui a fragmenté l’unité rwandaise et institutionnalisé les divisions ethniques, suivie des Première et Deuxième Républiques qui ont enraciné la discrimination contre les Tutsi en tant que politique d’État », a-t-il déclaré, insistant sur l’importance de la mémoire comme outil de vérité et de prévention.

« Se souvenir est crucial pour préserver la vérité sur le génocide contre les Tutsi, pour montrer qu’il a été planifié, et pour lutter contre sa négation et sa minimisation, tout en prévenant sa répétition au Rwanda et ailleurs », a-t-il ajouté.

Le président du Sénat a rappelé le fait que, depuis 1994, le Rwanda a choisi la voie de l’unité nationale et d’une gouvernance basée sur l’égalité des citoyens.

« Une bonne gouvernance qui privilégie l’unité et l’égalité des chances pour tous les Rwandais est la voie que nous avons choisie. Les progrès réalisés au cours des 32 dernières années sont remarquables et donnent de l’espoir pour l’avenir de notre pays », a-t-il affirmé.

Il a toutefois averti que des formes d’idéologie génocidaire, de négation et de minimisation persistent et doivent être combattues, appelant les acteurs politiques à jouer un rôle central dans l’éducation des jeunes générations.

Il a également rappelé que, bien que la Semaine de commémoration soit terminée, la période des 100 jours de Kwibuka32 se poursuit.

Les partis politiques appelés à rejeter les divisions

Le porte-parole du Forum consultatif des formations politiques, Frank Habineza, a pour sa part souligné le fait que les responsables politiques commémorés ont été tués pour avoir résisté à l’injustice et à l’autoritarisme.

Il a rappelé que les 11 partis politiques enregistrés au Rwanda, regroupés au sein du « National Consultative Forum of Political Organizations », travaillent aujourd’hui ensemble au développement du pays.

« Avoir des opinions différentes ne signifie pas se battre ou remettre en cause les acquis des 32 dernières années. Notre rôle est d’apporter des idées et des solutions tout en nous souvenant du passé douloureux qui a conduit au génocide contre les Tutsi », a-t-il déclaré.

Frank Habineza a exhorté les formations politiques à rejeter toute tentative de réintroduction des politiques divisionnistes, affirmant : « Nous n’accepterons personne qui cherche à ramener le pays en arrière, sous quelque prétexte que ce soit. »

Le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Jean-Damascène Bizimana, est quant à lui revenu sur l’institutionnalisation des politiques de haine sous les régimes de Juvénal Habyarimana et Grégoire Kayibanda.

Il a expliqué que, bien que Juvénal Habyarimana ait initialement justifié son arrivée au pouvoir par les injustices subies, notamment dans le domaine de l’éducation, son régime a ensuite renforcé les divisions ethniques et les politiques d’exclusion.

Le ministre a également indiqué que les réfugiés victimes de persécutions se voyaient refuser le droit de retour et de récupération de leurs biens, ajoutant que même ceux qui tentaient de rendre visite discrètement à leurs familles étaient chassés.

Il a critiqué les tentatives de réhabilitation de l’ancien régime, citant notamment les démarches de Jean-Luc Habyarimana, estimant que les preuves de sa responsabilité dans les persécutions des Tutsi sont accablantes.

Le ministre a insisté sur la nécessité de renforcer l’éducation historique des jeunes au sein des partis politiques afin d’éviter toute manipulation.

« Il est essentiel d’éduquer correctement les jeunes au sein des partis politiques afin qu’ils comprennent cette histoire et s’engagent dans une politique qui unit les Rwandais, renforce la cohésion nationale et empêche le pays de retomber dans les divisions », a-t-il déclaré.

Il a également dénoncé la persistance de discours de haine au sein de certaines formations politiques influencées par les anciennes idéologies discriminatoires.

Selon lui, « l’unité ne peut être construite sans comprendre ce qui l’a détruite et qui en est responsable », soulignant que cette compréhension est essentielle pour prévenir toute rechute dans les divisions.

Les intervenants ont unanimement appelé à la vigilance, à la transmission de la mémoire et au renforcement de l’unité nationale, estimant que la compréhension du passé reste indispensable pour garantir un avenir fondé sur la cohésion, la vérité et des valeurs communes.

François-Xavier Kalinda, président du Sénat, a pointé le fait que le génocide contre les Tutsi de 1994 est le résultat d’une longue histoire de mauvaise gouvernance
Le ministre de l’Unité nationale, le Dr Jean-Damascène Bizimana, a souligné le fait que les politiques de haine ont été institutionnalisées sous Habyarimana et Kayibanda
Habineza a appelé les membres des partis politiques à rejeter toute tentative de réintroduction des politiques divisionnistes
La commémoration a eu lieu au mémorial du génocide de Rebero
De hauts responsables, dont le Premier ministre Dr Justin Nsengiyumva et le ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe, ont assisté à la cérémonie

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