Ruhango : une “Salle noire” pour documenter les responsables du génocide contre les Tutsi

Redigé par IGIHE
Le 27 avril 2026 à 06:44

Au début du mois d’avril 2026, un centre d’interprétation historique consacré au génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 dans l’ancienne commune de Ntongwe (région d’Amayaga) a été achevé dans le secteur de Kinazi, district de Ruhango.

Cette infrastructure mémorielle comprend six espaces thématiques, dont une « Salle noire » spécifiquement dédiée à l’explication des crimes commis par les principaux responsables du génocide perpétré contre les Tutsi.

Le 26 avril 2026, à l’occasion de la commémoration des victimes du génocide contre les Tutsi dans la région d’Amayaga, les survivants ont salué la construction de ce centre, estimant qu’il contribuera à mieux transmettre l’histoire locale.

Ils ont souligné son importance pour documenter la cruauté des massacres, les tentatives de résistance des Tutsi, le rôle des forces ayant mis fin au génocide contre les Tutsi ainsi que le processus de reconstruction du pays.

Seul survivant d’une famille de dix personnes, Munyawera Innocent a livré un témoignage poignant, affirmant que les violences subies l’avaient conduit à s’interroger sur un éventuel abandon divin.

Il a dénoncé la brutalité extrême des auteurs, évoquant notamment des actes de barbarie où des victimes auraient été mutilées et leurs cœurs consommés.

« À Kinazi, lorsque l’on évoque des Tutsi qui ont été dévorés, ou dont le cœur aurait été consommé par des individus venus du Burundi, il ne s’agit pas de récits symboliques, mais de faits réels de notre histoire. Je tiens à affirmer que ceux qui ont commis de tels actes, bien qu’ils aient eu une apparence humaine, avaient perdu toute humanité », a-t-il déclaré.

Munyawera a également plaidé pour que les noms des membres des Interahamwe, qu’ils aient été jugés ou non, ainsi que ceux des Burundais impliqués dans le génocide contre les Tutsi, soient inscrits dans la « Salle noire », afin de les y « enfermer » symboliquement en raison de la gravité de leurs crimes.

« Nous avons subi de terribles souffrances infligées par de nombreux Interahamwe, ainsi que par des individus venus du Burundi. Certains ont été jugés, tandis que d’autres ne l’ont pas encore été. Nous estimons néanmoins que leurs noms devraient être consignés dans cette “Salle noire”. En effet, leurs actes témoignent d’une profonde obscurité morale. Il conviendrait qu’ils y soient symboliquement inscrits, comme pour y être retenus », a-t-il ajouté.

Le président de l’association des survivants du génocide contre les Tutsi dans la région d’Amayaga, Munyurangabo Evode, a confirmé que cette salle accueillera les noms et les photos des principaux responsables des massacres, dans un objectif éducatif à destination des jeunes générations.

Parmi les figures qui y seront mentionnées figurent Kagabo Charles, ancien bourgmestre de la commune de Ntongwe, des réfugiés burundais, les conseillers des 13 secteurs qui composaient la commune, ainsi que Nsabimana Jacques, surnommé « Pirato », ancien dirigeant du parti CDR à Ntongwe.

La liste comprend également Placide Koloni, ancien sous-préfet de Ruhango, des militaires tels que Hitabatuma Rukeragabiro, Kanyandekwe Zephanie, conseiller du secteur Kareba, Kageruka Aristarque, Ntintanguranwa, ainsi que le commerçant Munyentama Simon et son frère Nahayo Florent.

Revenant sur le rôle de Nsabimana Jacques, Munyurangabo a expliqué qu’il avait fait creuser, vers 1992, une fosse présentée comme des latrines au sein de l’école Rutabo A qu’il dirigeait, mais qui s’inscrivait en réalité dans la préparation du génocide contre les Tutsi.

« Nous avons évoqué cette fosse située près du CND, creusée dans le cadre de la préparation du génocide. Elle a été utilisée pour profaner nos proches », a-t-il précisé.

Il a ajouté que l’ensemble de ces responsables sera inscrit dans la « Salle noire », dans une démarche de mémoire et de transmission : « Tous ces responsables seront placés dans cette Salle noire. Nous les y enfermerons symboliquement. »

Munyurangabo a également affirmé que certains Burundais, arrivés des régions de Ntega et Marangara sous le statut de réfugiés et installés dans le camp de Nyagahama, ne relevaient pas d’un simple exil.

Selon lui, ils participaient à un plan du régime de Juvénal Habyarimana visant à exécuter le génocide contre les Tutsi.

« Ces Burundais ont procédé à des recensements, identifié les lieux de résidence des Tutsi, installé des barrières à différents endroits et commencé à tuer progressivement, jusqu’à la mise en œuvre du génocide contre les Tutsi », a-t-il déclaré.

Le centre d’interprétation est érigé au sein du mémorial du génocide contre les Tutsi de Ruhango, où reposent les restes de 63 293 victimes tuées en 1994.

Le 26 avril 2026, 35 corps récemment découverts y ont été inhumés avec dignité. À cette occasion, les survivants ont lancé un appel à la population afin qu’elle continue de fournir des informations permettant de retrouver d’autres victimes encore disparues.

un centre d’interprétation historique consacré au génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 dans l’ancienne commune de Ntongwe (région d’Amayaga) a été achevé dans le secteur de Kinazi
Cette infrastructure mémorielle comprend six espaces thématiques, dont une « Salle noire » spécifiquement dédiée à l’explication des crimes commis par les principaux responsables du génocide perpétré contre les Tutsi

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