Cette initiative reposait sur un calcul diplomatique approximatif, visant à monnayer l’accès aux minerais stratégiques de la RDC contre un soutien militaire ou des pressions coercitives sur le Rwanda et le M23.
Ses conseillers, dans une inadvertance politique qui relève presque de la faute professionnelle, omirent de lui rappeler que depuis l’humiliation subie en Somalie en 1992, les États-Unis s’abstiennent d’engager leurs forces militaires sur les théâtres de guerre africains.
Le pari de Kinshasa s’est rapidement retourné contre lui. Washington, loin d’accepter une posture coercitive, a requalifié la démarche congolaise en processus de médiation, inscrivant la crise dans une logique de désescalade régionale plutôt que de confrontation.
L’accord qui en est issu, dit de Washington, fut perçu par Tshisekedi comme une défaite diplomatique et une humiliation politique : il impose à la RDC des obligations lourdes, notamment la neutralisation des FDLR et wazalendo, groupes armés que Kinshasa avait auparavant mobilisés ou instrumentalisés dans une stratégie régionale étendue.
Ces forces, opérant sous le label des VDP WAZALENDO et en lien avec le Burundi de Ndayishimiye, poursuivaient un projet conjoint visant à affaiblir ou à renverser le régime de Kigali. L’accord de Washington contraint donc directement une stratégie sécuritaire jusque-là librement assumée par Kinshasa et Bujumbura, révélant l’impasse dans laquelle s’est engagé le président congolais.
Le retour en Angola : temporisation ou sincérité
Face à cette impasse, Félix Tshisekedi opère aujourd’hui un retour vers la médiation angolaise, qu’il avait naguère marginalisée ou boycottée.
Mais ce retour s’opère dans un contexte profondément reconfiguré, alourdi par les accords de Washington et de Doha déjà paraphés, dont la communauté internationale exige désormais une mise en œuvre rigoureuse et sans faux-semblants.
A cette contrainte diplomatique s’ajoute une fragilité politique interne manifeste : l’Union sacrée se fissure, minée par des rivalités et des défections qui en révèlent la nature conjoncturelle ; les partis d’opposition, galvanisés, se dressent avec vigueur contre les abus d’un pouvoir perçu comme de plus en plus vertical et sourd aux contre-pouvoirs.
Parallèlement, la CENCO et l’EEC, fortes de leur autorité morale et sociale, intensifient leurs appels en faveur d’un dialogue véritablement inclusif, tandis que sur le terrain militaire, l’AFC/M23 dispose d’une supériorité opérationnelle incontestable, accentuant le déséquilibre stratégique et réduisant d’autant les marges de manœuvre d’un régime déjà placé sous pression sur tous les fronts.
Dès lors, ce come-back apparaît moins comme une démarche sincère de pacification que comme une stratégie de temporisation, destinée à retarder l’application effective des accords et à préserver des leviers sécuritaires informels sur le terrain.
Cette manœuvre s’accompagne de la mobilisation et de l’armement des FDLR et milices affiliées, parfois sous couvert de mercenaires, dans un contexte idéologique marqué par la résurgence de discours haineux et une ethnicisation croissante du conflit.
Kinshasa a longtemps tenté de transformer la crise politico-sécuritaire du Kivu en conflit identitaire régional, opposant Bantous et Nilotique Hima-Tutsi, mobilisant des groupes armés nationalistes aux côtés des FDLR sur fond de rhétorique antitutsie, une stratégie à haut risque aux conséquences potentiellement explosives.
Félix Tshisekedi se retrouve désormais devant un dilemme cornélien : ou bien assumer pleinement les accords de Washington et Doha, avec toutes les contraintes politiques et sécuritaires qu’ils impliquent, notamment la neutralisation des FDLR ; ou bien persister dans une stratégie de contournement, au prix d’un isolement diplomatique accru, d’une perte de crédibilité internationale et d’une aggravation des tensions régionales.
Le temps des manœuvres dilatoires est révolu. La séquence diplomatique actuelle impose à la RDC une exigence de cohérence stratégique : respecter ses engagements ou en assumer intégralement les conséquences.
Dans ce contexte, Tshisekedi joue quitte ou double, et l’avenir de son mandat et de son régime dépend de la justesse de son choix.














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