L’abondance de déclarations solennelles, de cessez-le-feu proclamés à grand renfort de communiqués et d’accords signés sous les ors des capitales étrangères ne traduit nullement une dynamique de paix, mais révèle au contraire l’incapacité chronique des acteurs concernés à affronter les causes profondes de la crise.
Privée de volonté transformatrice, la diplomatie se mue en théâtre de substitutions, où l’acte symbolique remplace l’action effective, et où la signature tient lieu de stratégie. Elle sert ainsi de caution morale à l’inaction, offrant à chacun l’illusion du mouvement tout en pérennisant l’immobilisme, et conférant une respectabilité factice à un pouvoir qui, faute d’assumer ses responsabilités régaliennes, se réfugie derrière le langage policé des négociations pour masquer la vacuité de sa décision politique.
Depuis février 2024, la crise sécuritaire en République démocratique du Congo s’est vue rythmée par une succession presque incantatoire de propositions de cessez-le-feu, de trêves humanitaires et d’accords dits « de paix ».
L’Angola, en médiateur régional, ouvrait le bal en proposant un cessez-le-feu à compter du 18 février 2024. Les États-Unis, à leur tour, annonçaient le 4 juillet une trêve humanitaire courant jusqu’au 19 juillet, prorogée de quinze jours supplémentaires jusqu’au 3 août.
Le 31 juillet, enfin, Kigali et Kinshasa signaient à Luanda un accord de cessez-le-feu, entré formellement en vigueur le 4 août 2024, à l’expiration de la trêve humanitaire portée par Washington.
L’année 2025 n’a fait que pousser à son paroxysme cette dynamique inflationniste : pas moins de six instruments politiques ou diplomatiques ont été successivement proclamés, de la déclaration de cessez-le-feu du 23 avril entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, à la Déclaration de principes de Washington du 25 avril, en passant par l’Accord de paix de Washington du 27 juin, la Déclaration de principes de Doha du 19 juillet, l’Accord-cadre de Doha du 15 novembre, jusqu’aux Accords de Washington du 4 décembre.
Cette accumulation, loin de traduire une avancée substantielle vers la pacification, révèle au contraire une pathologie profonde : celle d’une diplomatie de façade, prolixe en textes mais avare en actes, qui substitue la signature solennelle à la mise en œuvre effective.
Empiler les accords à l’infini ne saurait masquer l’absence criante de volonté politique réelle. Tant que Kinshasa persistera dans ses attaques aériennes et ses bombardements d’artillerie, en contradiction flagrante avec les engagements qu’elle souscrit publiquement ; tant que le président Félix Tshisekedi demeurera prisonnier de l’illusion d’une solution exclusivement militaire, aussi coûteuse qu’improbable ; tant que la communauté internationale continuera, par lassitude ou par calcul, de fermer les yeux sur les violations répétées de ces textes par les autorités congolaises, tout cessez-le-feu restera un simulacre.
La norme juridique internationale est ici vidée de sa substance, réduite à un exercice rhétorique destiné à apaiser les chancelleries plus qu’à protéger les populations civiles.
L’État débordé par ses propres milices : l’illusion du répit et la réalité du chaos
Dès lors, la question centrale s’impose avec une brutalité sans fard : ce cessez-le-feu peut-il offrir un quelconque répit à la RDC ? La réponse, pour qui observe la réalité du terrain, est catégorique : non. Car le drame congolais ne se résume plus à un affrontement binaire entre l’État et un ou plusieurs groupes rebelles identifiés.
Kinshasa a progressivement perdu toute emprise sur ce qui est devenu sa propre créature : les milices dites « Wazalendo », supplétifs armés érigés en rempart patriotique, mais qui se sont mués en acteurs autonomes de la violence.
À Beni, les ADF poursuivent leurs exactions dans une indifférence glaçante. En Ituri, les milices CODECO continuent de semer la mort et la terreur, fragmentant davantage un tissu social déjà exsangue. Dans le Bandundu, les Mobondo étendent leur zone de nuisance jusqu’aux portes mêmes de Kinshasa, révélant l’extrême fragilité de l’autorité étatique.
Dans ce contexte, parler de cessez-le-feu relève presque de l’abstraction : comment suspendre des hostilités que l’État n’est plus en mesure de contrôler ? Comment imposer la discipline d’un accord à des groupes armés que le pouvoir central a lui-même encouragés, armés ou tolérés, avant d’en perdre la maîtrise ?
Le cessez-le-feu, tel qu’il est conçu aujourd’hui, n’est pas un instrument de pacification, mais un interlude illusoire, un rideau de fumée masquant la désagrégation progressive du monopole de la violence légitime.
En l’absence d’une refondation profonde de la gouvernance sécuritaire, d’un désarmement effectif des milices et d’un choix politique clair en faveur d’une solution globale, politique, régionale et inclusive, la RDC demeurera prisonnière d’un cycle sans fin d’accords mort-nés.
Le répit promis n’advient jamais, et la paix, sans autorité ni volonté, reste une chimère tragiquement hors de portée.














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