La mise au pas des Généraux en RDC

Redigé par Tite Gatabazi
Le 14 janvier 2026 à 09:38

Le transfert, puis l’incarcération à la prison militaire de Ndolo, de quatre Généraux des Forces armées de la République démocratique du Congo ne sauraient être relégués au rang des faits divers judiciaires.

Lorsqu’un ancien chef d’état-major général, des officiers de rang stratégique et des figures intimement liées aux arcanes du pouvoir sécuritaire sont brutalement soustraits à la scène publique pour être livrés à l’Auditorat général, c’est l’architecture même de l’État qui se trouve interrogée.

En pareilles circonstances, la justice militaire cesse d’être un simple mécanisme disciplinaire : elle devient un langage politique, une mise en scène de l’autorité, voire un aveu implicite de fragilités profondes.

Dans un pays soumis à des tensions sécuritaires aiguës, notamment à l’Est, où l’armée demeure à la fois rempart et talon d’Achille de la souveraineté nationale, de telles mesures résonnent comme un signal à double tranchant.

Elles peuvent être lues, d’un côté, comme l’expression d’une volonté de reprise en main, d’un sursaut d’autorité cherchant à réaffirmer la primauté de la discipline et de la chaîne de commandement au sein d’une institution trop souvent accusée de dérives, de compromissions et de faillites opérationnelles.

En ce sens, l’acte judiciaire se pare des atours d’une pédagogie politique : rappeler que l’uniforme ne confère ni impunité ni sacralité, et que la République, pour être crédible, doit savoir exiger des comptes jusque dans ses cercles les plus élevés.

Mais, à l’inverse, ces mêmes mesures portent en elles le risque d’un affaiblissement insidieux de l’édifice sécuritaire. Lorsqu’elles s’inscrivent dans un climat d’opacité, de rumeurs et de soupçons diffus, elles peuvent nourrir la défiance interne, fissurer la cohésion des états-majors et transformer la justice militaire en théâtre d’angoisses et de calculs politiques.

A l’heure où l’Est du pays demeure le foyer incandescent de menaces multiformes, toute perception d’instabilité au sommet de l’appareil militaire devient un facteur de vulnérabilité supplémentaire, donnant le sentiment d’un État qui, au lieu de consolider son bouclier, s’expose aux fractures de ses propres lignes.

D’un côté, elles prétendent restaurer la discipline, rappeler la primauté de la hiérarchie républicaine et signifier que nul uniforme, fût-il constellé d’étoiles, ne saurait conférer l’immunité. De l’autre, elles nourrissent une inquiétude sourde : celle d’un appareil sécuritaire travaillé par les soupçons, miné par la défiance interne et exposé aux secousses d’une judiciarisation aux contours encore opaques.

Justice militaire ou théâtre du soupçon : l’épreuve de la transparence

Le silence des autorités quant aux motifs précis de ces transferts alimente inévitablement les conjectures. Complot, trahison, manquements graves à la discipline : autant de chefs d’accusation récurrents dans l’histoire politique congolaise, souvent invoqués à la lisière du droit et de la raison d’État.

Or, dans un contexte où l’armée est appelée à incarner la cohésion nationale face aux menaces extérieures et aux fractures internes, l’opacité devient un poison lent. Elle affaiblit la crédibilité de l’institution judiciaire, fragilise la chaîne de commandement et instille le doute jusque dans les rangs.

L’enjeu dépasse donc les individus concernés. Il touche à la nature même du pouvoir, à sa capacité à conjuguer fermeté et légalité, autorité et transparence. Si la lutte contre l’indiscipline et les dérives internes est une nécessité impérieuse, elle ne peut s’affranchir d’un impératif cardinal : celui de la clarté procédurale et du respect scrupuleux des garanties judiciaires.

A défaut, la justice militaire risque de se muer en instrument de règlement de comptes, et l’État, en arbitre soupçonneux de ses propres forces.

Dans cette séquence grave, la République est placée devant une alternative décisive : soit elle parvient à transformer ces poursuites en acte fondateur d’une armée véritablement républicaine, assujettie au droit et à la discipline ; soit elle s’enlise dans une logique de suspicion permanente, où chaque arrestation, loin de rassurer, élargit la faille entre le pouvoir, l’institution militaire et la nation qu’ils sont censés protéger.

La remise en cause d’un ancien chef d’état-major, d’officiers stratégiques et de proches du pouvoir sécuritaire par l’Auditorat général interroge l’architecture de l’État

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