Cette entreprise, loin de relever d’un simple exercice académique, s’inscrit dans une exigence impérieuse : celle de prémunir l’espace public contre les dérives d’une parole dévoyée, instrumentalisée et, trop souvent, pervertie à des fins de nuisance.
Car il ne s’agit plus seulement de déplorer la prolifération de contenus fallacieux ; il convient d’en ausculter les mécanismes, d’en démonter les ressorts et d’en dévoiler les artifices. Le recours aux stéréotypes, la diffusion de contenus trompeurs, usurpés, manipulés, voire délibérément fabriqués, ne procèdent pas du hasard : ils participent d’une stratégie consciente de déformation du réel.
Ces pratiques, désormais banalisées dans certains circuits informationnels, altèrent la capacité de discernement des citoyens et fragilisent les fondements mêmes du débat démocratique.
Plus grave encore, ces énoncés mensongers et ces constructions discursives toxiques ne sont pas neutres. Ils charrient en eux une intention de nuire, parfois même de détruire. L’histoire récente, en Afrique comme ailleurs, nous enseigne avec une acuité tragique que la parole n’est jamais anodine.
Elle prépare les esprits, façonne les perceptions et lorsqu’elle est dévoyée, ouvre la voie au passage à l’acte. Entre le verbe et la violence, il n’y a souvent qu’un seuil imperceptible que seule la vigilance collective permet de contenir.
Dès lors, former les journalistes à reconnaître, déconstruire et contrer ces dérives relève d’une responsabilité éthique majeure. Il ne s’agit pas seulement de transmettre des compétences techniques, mais d’insuffler une exigence morale, une rigueur intellectuelle et un sens aigu de la responsabilité éditoriale.
Car le journaliste, en tant que médiateur du réel, porte une charge singulière : celle de dire le monde sans le travestir, d’éclairer sans manipuler, d’informer sans attiser.
En ce sens, l’initiative portée à Kigali constitue bien davantage qu’un programme de formation : elle s’apparente à un acte de résistance intellectuelle. Résistance contre l’érosion du vrai, contre la banalisation du mensonge, contre l’instrumentalisation du langage. Elle rappelle, avec force, que la liberté d’expression, si précieuse soit-elle, ne saurait se dissocier d’un devoir de vérité.
Ainsi se dessine une ligne de crête exigeante : préserver l’intégrité de la parole publique pour prévenir les dérives de l’histoire. Car lorsque les mots se corrompent, ce sont les sociétés elles-mêmes qui vacillent.














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