Assassinat de la reine Rosalie Gicanda : retour sur un épisode marquant du génocide contre les Tutsi

Redigé par IGIHE
Le 20 avril 2026 à 02:51

Le 20 avril 1994, alors que le Rwanda entrait dans les premières semaines du génocide contre les Tutsi, la reine Rosalie Gicanda, dernière reine du Rwanda et veuve du roi Mutara III Rudahigwa, fut assassinée à Butare, dans le sud du pays.

Née en 1928 à Rwamagana, Rosalie Gicanda devint l’épouse du roi Mutara III Rudahigwa en 1942. Après le décès du souverain en 1959 dans des circonstances mystérieuses et l’abolition de la monarchie en 1961, elle continua à vivre au Rwanda, principalement à Butare, dans une grande discrétion.

Selon diverses sources et témoignages historiques, elle menait une existence simple, empreinte de foi chrétienne, de modestie et d’actions de solidarité en faveur des personnes vulnérables.

En avril 1994, alors que le génocide contre les Tutsi débute après l’attentat contre l’avion présidentiel, la préfecture de Butare reste d’abord relativement épargnée. Cependant, la situation bascule après des appels à la violence lancés par les autorités du régime intérimaire.

Des recherches historiques indiquent que les violences s’intensifient dans la région à partir du 19–20 avril 1994, avec l’arrivée de responsables militaires et administratifs chargés de coordonner les massacres.

Le 20 avril 1994, des militaires font irruption à son domicile à Butare. Selon plusieurs sources judiciaires et historiques, l’opération est menée sur ordre du capitaine Ildephonse Nizeyimana, officier des Forces armées rwandaises stationné à l’École des sous-officiers (ESO) de Butare.

La reine est ensuite enlevée avec d’autres personnes présentes dans la maison, puis exécutée le même jour.

Des enquêtes du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ont par la suite établi la responsabilité de plusieurs officiers impliqués dans ces événements, notamment Ildephonse Nizeyimana, condamné pour son rôle dans divers crimes liés au génocide contre les Tutsi, dont celui de la reine Gicanda.

La reine Gicanda, âgée de 66 ans au moment des faits, est souvent décrite comme une figure respectée, restée en retrait de la vie politique mais attachée à sa communauté locale. Plusieurs témoignages évoquent une femme discrète, connue pour sa simplicité et son engagement humanitaire local.

Dans un témoignage livré en 2017 sur son enfance et son exil, le Président Paul Kagame a évoqué Rosalie Gicanda comme l’une des personnes ayant contribué à la survie de sa famille.

Selon un numéro du magazine Jeune Afrique (n°2944, publié le 11 juin 2017), consacré aux « secrets de jeunesse » de plusieurs chefs d’État, dont Paul Kagame, Ali Bongo Ondimba, le roi Mohammed VI et Alpha Condé, le président Kagame revient sur les événements de 1961.

Il y relate qu’alors âgé d’environ quatre ans, à la veille de l’indépendance du Rwanda, les violences visant les Tutsi avaient éclaté sur la colline de Tambwe, sa famille ayant été contrainte de fuir.

C’est dans ce contexte qu’un véhicule serait arrivé avec un message destiné à sa mère, Asteria Rutagambwa, indiquant qu’il provenait de la reine Gicanda, alors installée à Nyanza, à environ quarante-cinq minutes de leur domicile. Cette dernière leur aurait proposé assistance afin de faciliter leur mise en sécurité.

Paul Kagame et les membres de sa famille seraient alors montés à bord du véhicule, pour ensuite rejoindre la reine à Nyanza avant de poursuivre leur parcours vers le Mutara, puis vers l’Ouganda, où ils trouvèrent refuge.

Dans une interview accordée à Radio 10 et Royal FM le 1er avril 2024, le Président Kagame a également indiqué que, même durant son exil en Ouganda, il lui arrivait de revenir occasionnellement au Rwanda et de rendre visite à Rosalie Gicanda, restée à Butare.

Son assassinat est considéré comme l’un des événements symboliques de la violence qui s’est abattue sur Butare, dernière préfecture à avoir été pleinement touchée par les massacres.

Depuis 1994, Rosalie Gicanda est régulièrement commémorée au Rwanda comme l’une des victimes emblématiques du génocide contre les Tutsi. Sa sépulture se trouve à Nyanza, aux côtés de celle de son époux, le roi Mutara III Rudahigwa.

Selon diverses sources et témoignages historiques, Rosalie Gicanda menait une vie simple, marquée par la foi chrétienne, la modestie et la solidarité envers les personnes vulnérables
Née en 1928 à Rwamagana, Rosalie Gicanda devint l'épouse du roi Mutara III Rudahigwa en 1942

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