Employer un vocable aussi lourdement chargé de sens, saturé de mémoire et de tragédies, revient à convoquer les spectres des heures les plus sombres de l’histoire humaine afin d’inverser les rôles, de brouiller les responsabilités et de travestir la réalité des faits.
La déportation, dans l’imaginaire collectif comme dans le droit international, renvoie à une violence institutionnelle exercée par un pouvoir dominant contre des populations désignées, souvent dans un cadre systématique et organisé.
En détourner le sens, c’est non seulement profaner la mémoire des victimes historiques, mais aussi désarmer moralement le débat public.
Cette dérive lexicale ne s’opère jamais seule. Elle s’accompagne d’un dispositif bien huilé où s’agrègent des faire-valoir complaisants, mobilisés et parfois rétribués pour servir les besoins immédiats de la propagande et de la désinformation.
Le récit ainsi fabriqué n’a pas pour vocation d’éclairer, encore moins de rechercher la vérité ; il vise à saturer l’espace médiatique, à créer une confusion calculée et à installer une fausse symétrie entre victimes et bourreaux.
En procédant de la sorte, le discours ne nie pas frontalement la réalité : il la recouvre, il l’engloutit sous une avalanche de mots détournés de leur sens, espérant que l’émotion qu’ils suscitent supplante l’examen rationnel des faits.
Minembwe ou la réalité manifeste de l’épuration ethnique sous blocus
Car la réalité, elle, demeure têtue et tragiquement lisible. Minembwe n’est pas le théâtre d’une hypothétique déportation ; elle est le symbole d’un blocus méthodique, prolongé et meurtrier, dont les conséquences sont connues, documentées et observables par la communauté internationale.
La privation d’accès, l’asphyxie économique, l’isolement imposé aux populations civiles constituent les instruments classiques d’une épuration ethnique progressive, opérée non par des convois visibles, mais par l’usure, la faim, la peur et l’abandon.
Cette violence silencieuse, moins spectaculaire que les images d’archives, n’en est pas moins redoutable, car elle détruit sans laisser immédiatement de traces spectaculaires.
L’histoire récente nous enseigne que ce type de mécanique n’est jamais anodin. À l’instar de Srebrenica, longtemps réduite à des signaux d’alerte ignorés avant de devenir le nom même de l’échec moral de la communauté internationale, Minembwe s’inscrit dans cette lignée tragique des lieux où l’indifférence, la relativisation et la manipulation du langage ont précédé le drame.
Comparer n’est pas confondre, mais rappeler Srebrenica, c’est souligner un invariant historique : lorsque la violence est niée ou travestie par les mots, elle finit toujours par s’imposer par les faits.
Invoquer de manière abusive et manifestement inappropriée la notion de déportation afin de dissimuler la réalité d’un blocus délibéré et d’une épuration ethnique en cours ne saurait être réduit à une simple dérive lexicale ou à une maladresse discursive.
Il s’agit d’une manœuvre intellectuellement malhonnête, consistant à détourner un concept juridiquement défini et historiquement sacralisé pour neutraliser la gravité des faits et brouiller les lignes de responsabilité.
Une telle falsification du réel engage pleinement la responsabilité de ses auteurs, tant sur le plan éthique et moral en ce qu’elle profane la mémoire des crimes passés et avilit la vérité que sur le plan juridique, dès lors qu’elle participe à l’occultation de crimes susceptibles de qualification internationale.
Car travestir les mots pour masquer les violences n’innocente pas leurs auteurs : cela les expose, au contraire, au soupçon d’une complicité consciente dans l’entreprise de négation, d’effacement et d’impunité.














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