La banalisation institutionnelle de la haine en RDC

Redigé par Tite Gatabazi
Le 4 février 2026 à 01:42

Les discours de haine à caractère ethnique documentés au Sud-Kivu ne sauraient être relégués au rang de dérapages isolés ou de propos marginaux échappant au contrôle de leurs auteurs.

Leur teneur, leur explicitation et surtout la qualité de ceux qui les profèrent révèlent une pathologie plus profonde du champ politico-militaire congolais. Lorsque des responsables identifiés de milices Wazalendo/VDP, engagées dans des coalitions opérationnelles avec les FARDC et les forces armées burundaises, se permettent de désigner publiquement une communauté en l’occurrence les Tutsis, et singulièrement les Banyamulenge comme ennemie ontologique, privée de toute citoyenneté et livrée symboliquement, puis physiquement, à la vindicte, c’est l’architecture même de l’État de droit qui vacille.

Ces déclarations, par leur caractère explicitement exterminateur et leur négation frontale de l’appartenance nationale d’une partie de la population, constituent non seulement une incitation directe à la violence, mais aussi une entreprise consciente de désagrégation du lien civique.

Ce qui confère à ces discours une gravité accrue tient à leur insertion dans un écosystème de pouvoir qui, loin de les condamner avec la fermeté requise, les tolère, les instrumentalise, voire les alimente tacitement.

La coopération militaire entre le gouvernement congolais, des milices irrégulières porteuses d’une rhétorique de haine de l’autre et des forces étrangères pose une question centrale : celle de la responsabilité institutionnelle dans la diffusion d’une parole qui viole tant le droit interne que les normes impératives du droit international.

La haine ainsi proférée cesse d’être une simple opinion criminelle ; elle devient un outil stratégique, mobilisé pour fédérer par la peur, désigner des boucs émissaires et déplacer le centre de gravité des échecs politiques et militaires.

La déchirure durable du tissu social

L’histoire contemporaine de la région des Grands Lacs enseigne avec une cruauté implacable que le discours de haine, lorsqu’il est toléré ou encouragé par le pouvoir, agit comme un acide lent mais irréversible sur le tissu social.

En essentialisant des communautés entières, en les réduisant à des identités fantasmées et criminalisées, cette rhétorique instille une méfiance durable, fracture les solidarités locales et prépare les esprits à l’acceptation de la violence comme horizon normalisé.

Les stigmates qu’elle imprime ne disparaissent pas avec la fin des hostilités : ils se transmettent, s’enracinent et empoisonnent durablement les relations intercommunautaires, compromettant toute perspective de réconciliation authentique.

L’apparition, dans ce contexte déjà inflammable, de mercenaires étrangers associés à des figures controversées du secteur sécuritaire international ne fait qu’aggraver cette dérive.

En militarisant davantage un conflit déjà saturé de haines identitaires, sous couvert de lutte contre une rébellion désignée, le pouvoir contribue à internationaliser l’impunité et à renforcer l’idée pernicieuse selon laquelle certaines vies seraient politiquement négociables.

Ainsi, le discours de haine, loin d’être un simple excès verbal, devient un instrument de gouvernement par la division, dont les effets délétères excèdent de loin le moment présent. Il ne fragilise pas seulement l’État ; il déchire, pour longtemps, la trame sociale même de la nation congolaise, en substituant à la citoyenneté partagée la logique mortifère de l’exclusion et de l’anéantissement symbolique.

Les discours de haine ethnique au Sud-Kivu ne sont pas de simples dérapages : leur contenu et leurs auteurs révèlent une pathologie profonde du champ politico-militaire congolais

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