L’ombre du discrédit de la justice face à l’instrumentalisation politique

Redigé par Tite Gatabazi
Le 2 avril 2025 à 05:41

L’histoire politique française regorge d’exemples où des figures de premier plan, frappées par les foudres judiciaires, se sont insurgées contre des décisions pourtant édictées au nom des lois qu’elles avaient, parfois, contribué à façonner.

Qu’il s’agisse d’Alain Juppé, contraint à l’exil canadien après sa condamnation, de Jérôme Cahuzac, dont la chute résonna comme un séisme, ou encore des époux Balkany, dont la déchéance judiciaire fit les délices d’une opinion lassée des passe-droits, de Nicolas Sarkozy ancien président de la république, tous ont en commun d’avoir dénoncé avec véhémence une justice qu’ils jugeaient sévère à leur égard.

Pourtant, cette même justice ne fait qu’appliquer les règles édictées par les représentants du peuple, instaurant ainsi le juste équilibre entre responsabilité politique et probité républicaine. Dès lors, voir ceux qui furent législateurs se poser en victimes d’un système dont ils ont, sinon validé, du moins accepté les mécanismes, relève d’un paradoxe saisissant, révélateur des ambiguïtés d’une classe politique parfois prompte à s’ériger en censeur mais réticente à se soumettre aux rigueurs du droit.

Il est des instants où la démocratie vacille sous les assauts conjugués de l’indignité et de l’instrumentalisation. La récente condamnation de Marine Le Pen et d’autres cadres de son mouvement pour détournement de fonds publics, à hauteur de plusieurs millions d’euros, marque un tournant révélateur d’une stratégie éprouvée : celle de la victimisation outrancière et de l’inversion des responsabilités.

Face aux faits accablants, documents, aveux, preuves irréfutables d’emplois fictifs, la réaction ne fut pas celle de l’humilité ou de la contrition, mais celle d’une charge violente contre l’institution judiciaire, accusée de partialité et d’ingérence politique.

Dans cette rhétorique de l’infamie, la justice devient le bouc émissaire d’une croisade idéologique où le réel n’a plus droit de cité. Ceux-là mêmes qui, avec une rigueur implacable, exigent des sanctions exemplaires contre les délinquants ordinaires, conspuent soudainement la fermeté judiciaire lorsqu’elle s’applique à leur propre camp.

Cette duplicité fonde une contradiction majeure qu’il convient de relever et de dénoncer avec la plus grande acuité : comment peut-on réclamer l’ordre et le châtiment pour les autres tout en se drapant dans l’indignation lorsque la loi s’exerce avec équité ?

Il est particulièrement alarmant que, loin de reconnaître la gravité des faits, certains en viennent à désigner ce verdict comme une atteinte aux principes démocratiques. Une telle posture ne vise qu’à dissimuler l’ampleur du scandale et à détourner l’attention de la vérité judiciaire par un écran de fumée, savamment entretenu.

Le mépris des faits devient alors un outil politique redoutable, une stratégie de manipulation où l’émotion supplante la raison, où l’outrance se substitue à la responsabilité.

Pourtant, au-delà des manœuvres et des gesticulations, une réalité demeure : une large majorité de Français perçoit cette décision comme la conséquence légitime des actes reprochés.

Cette adhésion populaire à la justice est un rempart contre l’obscurantisme et la subversion de l’État de droit. Mais encore faut-il que cette prise de conscience résiste aux assauts d’une rhétorique pernicieuse qui cherche à faire des institutions les véritables coupables, et des condamnés, les martyrs d’un prétendu complot.

La justice est aujourd’hui prise en otage par ceux qui refusent d’en accepter les verdicts lorsqu’ils les frappent. Loin de représenter un "scandale démocratique", ce jugement est au contraire la démonstration que, dans une République digne de ce nom, nul ne saurait se soustraire à la loi.
Il appartient désormais à chacun de refuser la supercherie d’une victimisation feinte et de faire triompher l’exigence de vérité sur le tumulte des impostures.

L’histoire politique française regorge d’exemples où des figures de premier plan, qui ont été frappées par des foudres judiciaires

Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Publicité