La guerre comme cache-misère commode en RDC

Redigé par Tite Gatabazi
Le 2 février 2026 à 05:30

Après une longue période d’effacement, pour ne pas dire d’abdication politique, l’Union africaine et l’Angola réapparaissent sur la scène diplomatique de la crise congolaise, tels des acteurs que l’on croyait relégués aux marges d’un conflit désormais confisqué par des formats de négociation exogènes.

Les processus de Nairobi et de Luanda, autrefois portés comme les matrices africaines d’une solution durable, avaient été supplantés par les initiatives de Washington et de Doha, censées, dans une logique de court-circuit diplomatique, produire des résultats rapides là où les mécanismes continentaux avaient échoué.

Or, le retour en grâce de l’Angola et de l’Union africaine, matérialisé par la réactivation d’une diplomatie de haut niveau gravitant autour de João Lourenço, relève moins d’une inflexion stratégique sincère que d’une manœuvre dilatoire savamment orchestrée, visant à neutraliser, voire à saboter, les processus déjà engagés, tout en donnant l’illusion d’un recommencement vertueux à coups de proclamations aussi solennelles qu’hasardeuses.

Cette fuite en avant diplomatique trahit une mauvaise foi manifeste de Kinshasa, désormais érigée en méthode et tacitement cautionnée par des partenaires qui acceptent, par lassitude ou par calcul, ce perpétuel retour au point zéro, comme si la répétition incantatoire de cadres de médiation voués à l’échec pouvait tenir lieu de politique.

Ainsi s’installe une diplomatie de l’atermoiement, où l’on feint d’agir tout en différant l’essentiel, multipliant les initiatives sans lendemain et frappant, inlassablement, l’eau de coups d’épée aussi bruyants qu’inopérants.

Sur le terrain, la réalité militaire s’impose comme le démenti le plus cinglant aux illusions diplomatiques. La prise d’Uvira en décembre, événement hautement symbolique et stratégiquement décisif, a marqué une rupture dans l’équilibre des forces, même si le retrait ultérieur de l’AFC/M23 n’aura été qu’un ajustement tactique plus qu’un renoncement stratégique.

Dans ce contexte, le retour de l’Afrique institutionnelle ne relève pas tant d’une initiative nouvelle que d’un retour à la case départ, révélant l’incapacité structurelle des médiations successives à s’attaquer aux causes profondes du conflit : la fragmentation de l’État congolais, l’économie politique de la guerre et l’instrumentalisation permanente de la violence comme mode de gouvernement.

La guerre comme stratégie de survie politique : le simulacre du dialogue et la crise de légitimité du pouvoir

Acculé militairement, privé de perspective de victoire décisive et confronté à une contestation croissante de sa légitimité, Félix Tshisekedi semble avoir fait le choix d’une fuite en avant où la guerre tient lieu à la fois de paravent politique et de ressource stratégique.

Le dialogue, auquel il se résout périodiquement, n’apparaît jamais comme une conviction intime ni comme un projet politique assumé, mais bien comme une concession arrachée par la contrainte des faits, un temps de respiration imposé par l’échec militaire.

Tout indique que cette adhésion au dialogue est essentiellement tactique : il s’agit de gagner du temps, de desserrer l’étau diplomatique, de reconstituer des capacités militaires et de se repositionner sur l’échiquier régional avant une reprise des hostilités.

La guerre devient ainsi un instrument de gestion du pouvoir, un cache-misère commode permettant d’éluder les exigences de reddition des comptes et de détourner l’attention des échecs patents d’une gouvernance marquée par la corruption endémique, les détournements de fonds publics et la résurgence de logiques tribalistes profondément corrosives pour l’unité nationale.

Dans cette configuration, la prolongation du conflit n’est plus seulement une tragédie nationale ; elle devient un choix politique assumé, fût-il inavouable.

Maintenir la guerre, tout en feignant l’ouverture au dialogue, permet de suspendre le temps démocratique, de neutraliser l’opposition interne et de se poser en chef assiégé, contraint par les circonstances mais toujours indispensable. Cette stratégie de tension permanente nourrit une spirale dangereuse où la légitimité ne procède plus du consentement populaire ni de la performance étatique, mais de la seule capacité à incarner l’ultime rempart face au chaos.

Ainsi, derrière le retour en apparence vertueux de la médiation africaine, se dessine une réalité plus sombre : celle d’un pouvoir qui instrumentalise la diplomatie comme il instrumentalise la guerre, sans jamais rompre avec une logique de confrontation dont les premières victimes demeurent, inlassablement, les populations civiles de l’Est congolais.

Tant que le dialogue restera un simulacre et la guerre un calcul politique, aucune médiation, fût-elle africaine, ne pourra prétendre transformer durablement le cours de ce conflit.

Sur le terrain, la réalité militaire s’impose comme le démenti le plus cinglant aux illusions diplomatiques

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