Comment un officier supérieur des FARDC, tombé dans l’exercice de ses fonctions, peut-il être privé du droit élémentaire à une sépulture digne, simplement parce que sa naissance le rattache à la communauté banyamulenge ?
Comment un pays peut-il à ce point se retourner contre ses propres serviteurs, érigeant l’ethnie en critère d’appartenance nationale et la haine en unique principe de gouvernement ?
Le colonel Gisore Patrick est mort en mission, en uniforme, au service d’un État qui l’avait déployé loin de sa famille, pour remplir les devoirs les plus exigeants de la discipline militaire.
Mais voilà que la République qu’il a servie jusqu’au sacrifice suprême lui dénie, jusque dans la mort, le droit au respect et à la reconnaissance. Autour de son cercueil, les canons des Wazalendo pointés sur ses proches et ses coreligionnaires disent la vérité nue : l’État a abdiqué, la République s’est effondrée, et ce qui prévaut désormais, c’est la dictature des milices.
Ce qui se joue à Uvira n’est pas un simple incident localisé, mais le symptôme du mal profond qui ronge la RDC : une haine diffuse, attisée et tolérée par le pouvoir lui-même, qui transforme des citoyens à part entière en parias dans leur propre pays.
Les Tutsi congolais, désignés sous l’appellation de Banyamulenge, se voient traités comme des intrus sur la terre où ils sont nés, vivent et meurent. L’apatridie de fait qui leur est imposée constitue le paroxysme d’une politique d’exclusion savamment entretenue, qui franchit ici une ligne rouge irréversible : même morts, leurs corps deviennent objets de stigmatisation, interdits de deuil et de sépulture.
Il n’est pas exagéré d’affirmer que la RDC, par son incapacité à protéger un de ses colonels jusque dans la mort, consacre le triomphe d’un racisme institutionnalisé. Comment ne pas voir que ce déni frappe au cœur même de l’idée de nation ? Un pays qui renie ses propres serviteurs, qui laisse les familles d’officiers encerclées par des milices armées, qui tolère que l’on barricade les portes d’une église pour empêcher le rite funéraire, ce pays ne protège plus rien : ni la dignité de ses citoyens, ni la sacralité de la mort, ni même l’autorité minimale de l’État.
Et pourtant, les chancelleries observent, muettes. Les ONG internationales de défense des droits humains, si promptes à s’émouvoir ailleurs, détournent ici leur regard. Comme si le sort des Tutsi congolais ne méritait pas la même indignation que celui d’autres peuples persécutés. Cette asymétrie du silence est plus qu’une lâcheté : elle est une complicité tacite, une manière de cautionner l’impunité par l’inaction.
Ce qui se joue à Uvira est un cas d’école, non seulement de discrimination, mais de déshumanisation. C’est un colonel, un officier de l’armée régulière, dont le cercueil est pris en otage par la haine.
Demain, ce seront d’autres, civils, enseignants, médecins, paysans, qui seront pareillement niés et humiliés. L’Histoire a montré, de Kigali à Srebrenica, où mène l’obsession de faire d’une communauté entière des « apatrides » dans leur propre pays.
A l’orée du XXIᵉ siècle, le fait qu’un tel scénario se rejoue en pleine lumière, sans que la conscience internationale ne s’en alarme, constitue un avertissement glaçant.
La mémoire des peuples enseigne que la dignité accordée à ses morts est le dernier rempart de l’humanité. En privant le colonel Gisore Patrick de ce droit élémentaire, la RDC franchit un seuil moral dont elle risque de ne jamais se relever. L’État, absent, laisse la place à la milice ; la République, en faillite, abdique devant la haine ; et les droits humains, si souvent proclamés, se réduisent à des slogans creux. Voilà l’abîme dans lequel sombre une patrie ingrate, qui condamne ses propres fils à errer jusque dans la mort.

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