Urgent

Bayrou menacé de censure

Redigé par Tite Gatabazi
Le 27 août 2025 à 01:09

Ce lundi 25 août, François Bayrou a engagé une rentrée politique des plus périlleuses en tenant une conférence de presse décisive, quatre jours après avoir rencontré Emmanuel Macron au fort de Brégançon.

Au cœur des débats, son projet budgétaire de 43,8 milliards d’euros d’économies, assorti de mesures hautement controversées telles qu’une « année blanche » fiscale et la suppression de deux jours fériés, suscite une levée de boucliers.

La gauche, conduite par Jean-Luc Mélenchon et soutenue par le Parti socialiste, mais également le Rassemblement national, menacent d’une motion de censure dès septembre. Face à ces attaques, le Premier ministre défend inlassablement la nécessité de sortir du « piège infernal » de l’endettement, promettant à la fois fermeté sur l’ampleur des économies et ouverture sur les modalités, y compris par une contribution des plus fortunés et la remise en cause de certains privilèges politiques.

À cette bataille budgétaire s’ajoutent des défis multiples qui placent Matignon sous haute tension : la perspective d’une grève générale le 10 septembre, appelée par les syndicats et soutenue par la gauche, menace de paralyser le pays ; l’épineux dossier de l’autonomie corse oppose déjà François Bayrou à son ministre de l’Intérieur ; la question calédonienne reste en suspens, tout comme la réforme de l’assurance-chômage et la programmation énergétique.

Dans ce contexte chargé, le Premier ministre entend également poursuivre des réformes institutionnelles d’ampleur, telles que l’instauration de la proportionnelle et la création d’une « banque de la démocratie ». Ce faisceau de fronts ouverts, où s’entrelacent tensions sociales, blocages parlementaires et débats constitutionnels, confère à cette rentrée l’allure d’une épreuve de vérité, dont dépendra la capacité du chef du gouvernement à tenir durablement sa place au sommet de l’État.

Son discours du lundi 25 août, dans sa franchise, avait quelque chose de gaullien : il portait la solennité d’un appel à la responsabilité, d’une exhortation à regarder le danger droit dans les yeux.

Ce qu’il dit n’a pourtant rien de nouveau : depuis près de vingt ans, Bayrou n’a cessé de dénoncer le délabrement des finances publiques et l’aveuglement des gouvernants qui, dans une obstination presque suicidaire, persistent à croire qu’on relancera la croissance en dépensant toujours plus, quitte à creuser un abîme de dettes.

Mais son constat, aujourd’hui, résonne avec une acuité particulière : car à mesure que la France s’enfonce, ses dirigeants continuent de multiplier les promesses vides et de pratiquer la fuite en avant, incapables de s’élever au-dessus du calcul électoral et du confort politicien.

C’est là tout le drame français depuis Valéry Giscard d’Estaing. Après lui, aucun président n’a su, ou voulu, assumer la rigueur nécessaire à la sauvegarde de la nation. François Mitterrand, stratège habile mais prisonnier de ses contradictions idéologiques, sacrifia l’économie à ses chimères politiques.

Jacques Chirac, en tribun madré, préféra la paix sociale au prix de l’inaction, se faisant le champion des « réformes impossibles ». Nicolas Sarkozy, après avoir promis la rupture, s’égara dans une agitation brouillonne et accroît encore la dette.

François Hollande, homme de compromis et d’attentisme, resta figé dans l’ambiguïté, multipliant les demi-mesures et les renoncements.

Emmanuel Macron, enfin, qui s’était rêvé en Jupiter réformateur, a trébuché devant les premières tempêtes sociales, réduisant son ambition initiale à une gestion technocratique et fragmentée.

Tous ont échoué à saisir ce qui fit la grandeur du gaullisme : la conviction qu’un pays ne se sauve que par l’effort, la discipline et la vérité dite sans fard à son peuple. Charles de Gaulle, au sortir d’une guerre qui avait ravagé le territoire et brisé les âmes, osa imposer une vision, un cap clair, une volonté de refondation. Il ne gouvernait pas en courtisan de l’opinion publique mais en chef d’État, prêt à prendre des décisions impopulaires au nom de l’intérêt supérieur de la France.

Ce sens du sacrifice, cette fidélité à l’Histoire et à la nation, se sont évanouis avec lui, laissant place à une succession de présidents qui, pour la plupart, se sont contentés de gérer l’immédiat, d’aménager le déclin, d’endetter la patrie et de remettre à demain l’indispensable sursaut.

Le résultat est là, cruel et implacable : un État englué dans les déficits, une économie en perte de compétitivité, un peuple désabusé qui, lassé des faux-semblants, se tourne désormais vers l’extrême droite comme vers une issue de secours, au risque d’ouvrir la porte à la catastrophe politique.

Ce basculement, pourtant, n’a rien d’une surprise : il est l’aboutissement logique de décennies de renoncements, d’un manque de courage persistant, d’une abdication continue des élites.
Oui, l’on a mal à la France. Mal de constater qu’un pays qui fut jadis l’incarnation même de la grandeur et de l’audace gaullienne, se laisse aujourd’hui emporter par la lâcheté de ses dirigeants et par le cynisme de sa classe politique.

Après Giscard, nul n’a su retrouver cette colonne vertébrale de courage et de clarté sans laquelle il n’est pas de destin national. Et c’est ainsi qu’au fil des décennies, la France s’est condamnée à la cacophonie, au chaos rampant, et à l’inéluctable effondrement de sa puissance.

François Bayrou a engagé une rentrée politique des plus périlleuses en tenant une conférence de presse décisive

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