Urgent

L’Europe introuvable de Mario Draghi

Redigé par Tite Gatabazi
Le 27 août 2025 à 12:50

Un an après la publication du rapport Draghi sur la compétitivité européenne, force est de constater que l’Union européenne semble inexorablement passer à côté de son destin, comme si elle se résignait à n’être qu’un acteur secondaire dans un monde désormais structuré par des puissances autrement plus affirmées.

L’ancien président de la Banque centrale européenne et ex-chef du gouvernement italien a, dans un constat empreint de lucidité presque douloureuse, rappelé combien l’illusion d’une Europe forte par sa seule taille économique s’est dissipée.

Ni la Chine, qui ne la considère pas comme un partenaire égal, ni les grandes négociations internationales, qu’il s’agisse de la paix en Ukraine ou de la tragédie humanitaire à Gaza ne la placent désormais au centre du jeu. L’Union s’est réduite au rôle de spectatrice, parfois compatissante, mais toujours marginale.

Mario Draghi avait pourtant prévenu. Dans son rapport qualifié d’historique l’an dernier, il appelait à un véritable sursaut, à une rupture stratégique face à la fin de l’ère du commerce ouvert et régulé. Sa prescription était claire : moins de bureaucratie paralysante, plus de coordination effective entre les États membres ; moins d’obstacles internes au marché unique, plus d’investissements conjoints dans les domaines cruciaux de l’avenir ; une intégration accrue des marchés de capitaux afin de donner enfin à l’Europe les moyens de son ambition.

Un an plus tard, le constat est accablant : la montagne des résolutions a enfanté une souris. L’endettement commun, présenté comme l’outil indispensable pour financer les transitions numérique, écologique et sécuritaire, demeure un tabou infranchissable pour les États dits « frugaux », au premier rang desquels l’Allemagne et les Pays-Bas.

L’initiative SAFE, censée mutualiser 150 milliards d’euros d’investissements dans la défense, ne fait guère illusion tant elle reste en deçà des besoins colossaux évoqués par Draghi, estimés à plus de 750 milliards annuels. Quant au budget pluriannuel de l’Union, dont la Commission proposait de doubler l’ampleur, il est demeuré prisonnier des égoïsmes nationaux et des calculs comptables.

Ainsi, à force de temporiser, d’atermoyer et de se disputer sur l’accessoire, l’Europe s’égare et se condamne. Elle se prive de l’élan historique qui lui permettrait de s’imposer dans la recomposition du monde.

Elle abdique devant son propre destin, s’empêtrant dans les inerties et les prudences mesquines de ses États membres. À l’heure où d’autres bâtissent sans hésitation leur puissance, le Vieux Continent s’abandonne à la cacophonie et au renoncement.

Le rendez-vous avec l’Histoire s’éloigne, et avec lui la possibilité pour l’Union européenne de se hisser encore au rang des puissances décisives. Elle devient, inexorablement et irrévocablement, la spectatrice de sa propre relégation.

Un an après la publication du rapport Draghi sur la compétitivité européenne, force est de constater que l’Union européenne semble inexorablement passer à côté de son destin

Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Publicité