Urgent

Le Cameroun à l’heure de la responsabilité collective

Redigé par Tite Gatabazi
Le 27 août 2025 à 10:34

À l’orée de l’élection présidentielle prévue pour le 12 octobre 2025, le Cameroun se trouve à la croisée des chemins. Le temps n’est plus aux postures individuelles ni aux calculs partisans, mais à l’affirmation d’une vision commune, capable de briser l’inertie d’un système politique verrouillé depuis plus de quatre décennies.

C’est ce constat qui a conduit un collectif d’intellectuels patriotes, composé de figures éminentes telles qu’Alice Kom, Jean-Pierre Bekolo, Stéphane Akoa et Baba Wame, à lancer un appel retentissant à l’opposition : unir ses forces, dépasser les querelles intestines, et bâtir une stratégie concertée en vue de l’alternance.

Il est en effet illusoire de croire qu’une mosaïque de candidatures, dispersées et concurrentes, puisse, dans le cadre actuel, ébranler l’édifice d’un pouvoir solidement enraciné. L’histoire récente du continent africain l’atteste : là où l’opposition a su s’unir autour d’un programme clair et d’un leadership consensuel, des transitions pacifiques et démocratiques ont été rendues possibles.

À l’inverse, les divisions, souvent alimentées par des ego surdimensionnés, se soldent invariablement par l’échec et par la reconduction du statu quo. Le Cameroun, lui, ne peut plus se payer ce luxe de la désunion.

Mais ce collectif le rappelle avec justesse : l’alternance ne saurait se résumer au simple remplacement d’un homme par un autre. L’enjeu véritable est celui d’une refondation nationale. Il s’agit d’engager une révision profonde de la Constitution, afin de graver dans le marbre la limitation des mandats présidentiels et d’assurer une séparation effective des pouvoirs.

Il s’agit aussi de moderniser l’État, de redonner souffle à l’économie, et surtout, de réconcilier une nation ébranlée par ses fractures historiques et ses blessures politiques. La libération des prisonniers d’opinion, le rapatriement de la dépouille d’Ahmadou Ahidjo, et la mise en place d’une Commission vérité et réconciliation ne sont pas de simples symboles : ils constituent les fondements nécessaires d’un avenir partagé.

Cet appel n’est pas nouveau. Bien avant que le processus électoral ne s’engage, ces intellectuels avaient déjà demandé au président Paul Biya de renoncer à un nouveau mandat, dans un geste d’apaisement et de grandeur, afin d’ouvrir enfin l’espace à un véritable débat d’idées. Ce choix, que l’histoire jugera, n’a pas été posé. Mais l’urgence demeure : si l’opposition persiste dans ses divisions, elle portera la lourde responsabilité d’avoir abandonné au peuple camerounais toute perspective d’alternative.

En définitive, la question n’est pas de savoir si les ambitions individuelles sont légitimes, elles le sont, dans une démocratie vivante. La question est de savoir si, face à l’urgence d’un pays qui s’étiole, ces ambitions sauront s’effacer devant l’intérêt supérieur de la nation.

Le Cameroun, aujourd’hui, appelle moins à des candidatures pléthoriques qu’à une vision partagée. Aux acteurs de l’opposition d’écrire, ou de manquer, ce rendez-vous avec l’histoire.

À l’orée de l’élection présidentielle prévue pour le 12 octobre 2025, le Cameroun se trouve à la croisée des chemins

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