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Goma et le temps révolu de l’arbitraire

Redigé par Tite Gatabazi
Le 27 janvier 2026 à 04:52

Quiconque a connu Goma avant sa libération conserve en mémoire l’image d’une ville soumise à une prédation devenue structurelle.

L’espace urbain était quadrillé de barrières érigées non pour la sécurité collective, mais pour l’extorsion systématique, notamment aux ronds-points emblématiques de l’Athénée et de Rutshuru, transformés en théâtres ordinaires de la rançon.

Militaires et policiers, censés incarner l’autorité de l’État, s’étaient arrogé le droit de se servir sur les citoyens, faisant de l’uniforme un instrument de peur plutôt qu’un symbole de protection. Toute interaction avec un service public était conditionnée au paiement illicite, et l’injustice, loin d’être combattue, s’était banalisée au point de devenir une norme sociale tacitement acceptée.

Cette dérive se produisait dans un contexte paradoxal : Goma, siège de la MONUSCO et point de concentration de contingents multiples, forces de la SADC, troupes burundaises, Wazalendo, FDLR mêlés aux FARDC comptait plus de quarante mille hommes en armes dans et autour de la ville.

Pourtant, cette surmilitarisation n’a nullement endigué la criminalité ; elle en a, au contraire, accompagné l’explosion. La ville vivait dans une insécurité endémique, rythmée par les coupures intempestives d’électricité de la SNEL et la pénurie chronique d’eau potable fournie par la REGIDESO.

Les Gomatraciens s’étaient résignés à voir défiler, chaque jour, des colonnes de femmes et de jeunes filles, bidons jaunes sur la tête ou sur le dos, arpentant de longues distances depuis le lac ou des points de vente d’eau, dans une scène devenue tristement ordinaire.

A cette misère matérielle s’ajoutait l’effondrement du système de santé : se rendre chez le médecin signifiait, pour le malade, devoir acheter lui-même jusqu’au moindre matériel nécessaire à ses soins, transformant la maladie en une double peine, physique et financière.

Ainsi, Goma vivait sous le régime d’une normalisation de l’indigne, où l’abandon de l’État et la criminalité formaient l’horizon quotidien.

La volonté de rupture

Or, en l’espace d’une année seulement, ce paysage a été profondément bouleversé. Ce qui frappe aujourd’hui, ce n’est pas tant la surprise que l’évidence du contraste : les pratiques d’extorsion ont disparu, les barrières de la honte ont été démantelées, les tracasseries administratives et sécuritaires ont été reléguées au rang de vestiges d’un passé révolu.

La criminalité, jadis galopante, a cédé la place à un climat de sécurité et de paix retrouvées, permettant à la population de circuler librement et de reprendre le cours ordinaire de la vie sociale et économique.

Cette transformation ne relève ni de l’incantation religieuse, ni de l’ordre du miracle. Elle procède d’une réalité autrement plus prosaïque et plus exigeante : la volonté politique. Celle de révolutionnaires qui ont fait le choix assumé de rompre avec les logiques anciennes, de gouverner autrement et de replacer le citoyen au cœur de l’action publique.

La réhabilitation des services essentiels, l’amélioration tangible de l’accès à l’eau et à l’électricité, la restauration progressive d’un système de santé fonctionnel et la reconstruction ou la construction d’infrastructures adaptées témoignent d’une gouvernance fondée sur l’efficacité et la responsabilité.

Goma offre ainsi la démonstration éclatante que le chaos n’était ni une fatalité, ni une malédiction historique. Il était le produit d’un système politique défaillant. En s’en affranchissant, la ville a retrouvé non seulement la sécurité, mais aussi la dignité.

Cette expérience rappelle une vérité fondamentale : lorsque la volonté politique s’adosse à une vision claire et à une gouvernance au service du bien commun, le changement radical cesse d’être un slogan pour devenir une réalité vécue.

Aperçu de la ville de Goma sous l’administration de l’AFC/M23


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