L’affaire impliquant Constant Mutamba, aujourd’hui rattrapé par la justice, s’inscrit dans cette dramaturgie bien connue des régimes où la rhétorique de la probité sert trop souvent de paravent à des pratiques autrement moins avouables.
Les informations émanant de sources proches du dossier mettent en lumière une série de révélations pour le moins troublantes relatives à la gestion du FRIVAO.
Au-delà du dossier déjà retentissant des 19 000 000 USD, pour lequel Mutamba a été condamné, émergent désormais des indices concordants de détournements additionnels portant sur plusieurs milliers de dollars, initialement destinés à l’indemnisation de victimes.
Ainsi, sous l’impulsion du ministre de la Justice Ngefa, des audiences ont été ouvertes ce mardi 21 avril 2026 devant la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe, marquant le début d’une instruction qui pourrait bien dévoiler une mécanique de prédation d’une ampleur insoupçonnée.
Au cœur de ce dispositif apparaît la figure de Chansard Bokulaka, Directeur général a.i du FRIVAO, nommé par Constant Mutamba lui-même. Ancien protocole de ce dernier au ministère de la Justice, cadre du parti NOGEC et réputé proche du ministre déchu, Bokulaka se présente moins comme un décideur autonome que comme un exécutant discipliné.
A l’audience, son incapacité à fournir des éléments élémentaires, adresses des sociétés attributaires de marchés publics, identité de leurs responsables, confine à l’aveu implicite d’une gestion pour le moins opaque, sinon frauduleuse.
Plus grave encore, il ressort des débats que des marchés publics d’un montant supérieur à 2 000 000 USD auraient été attribués à des entités sans existence administrative clairement établie, sans siège connu, et dont les bénéficiaires réels demeurent dans une opacité totale.
Une telle légèreté dans la gestion de fonds publics, censés réparer des injustices humaines, ne saurait être réduite à de simples négligences. Elle interroge, avec acuité, la chaîne de responsabilité, et inévitablement, l’autorité politique sous laquelle ces décisions ont été prises.
Car tout indique que ces opérations se déroulaient sous la bénédiction de l’ancien ministre Constant Mutamba. Dès lors, la question n’est plus seulement celle de l’exécution, mais bien celle de l’architecture même du système.
Les éléments en possession des enquêteurs suggèrent, en outre, des manipulations particulièrement graves : plusieurs individus, appartenant à une formation politique liée au directeur général, et actuellement en détention, auraient été frauduleusement recensés parmi les bénéficiaires des indemnisations. Une telle instrumentalisation du statut de victime, à des fins de captation financière, constitue une dérive morale d’une gravité exceptionnelle.
Quand la vertu proclamée cède devant l’avidité inassouvie
L’ironie de la situation n’échappera à aucun observateur attentif. Celui qui se plaisait à incarner la rigueur et l’intégrité, multipliant les démonstrations publiques d’intransigeance morale, se retrouve aujourd’hui englué dans des compromissions qui, loin d’être anecdotiques, dessinent les contours d’un système profondément vicié.
A cet égard, la formule du comique Coluche « laver plus blanc que blanc » prend une résonance singulièrement cruelle. Car derrière l’obsession de pureté affichée, se profilait peut-être une volonté plus triviale : celle de masquer une avidité que rien ne semblait pouvoir rassasier.
L’affaire, renvoyée au 24 avril pour poursuite de l’instruction, pourrait encore livrer de nouveaux développements. Mais d’ores et déjà, elle pose une question fondamentale : celle de la sincérité des engagements publics dans un environnement politique où la performativité du discours tend à supplanter la réalité des actes.
Le cas Mutamba apparaît ainsi comme une parabole contemporaine des dérives du pouvoir : plus l’affichage de vertu est ostentatoire, plus il convient d’en interroger la substance.
En définitive, ce scandale ne saurait être appréhendé comme une simple affaire judiciaire. Il constitue un révélateur, au sens presque chimique du terme, des pathologies qui affectent certaines sphères de gouvernance.
Il rappelle, avec une implacable rigueur, que la morale proclamée n’a de valeur que si elle se trouve corroborée par les faits et que, tôt ou tard, ces derniers finissent toujours par s’imposer, balayant les artifices et exposant, dans leur nudité la plus crue, les compromissions qu’ils dissimulaient.














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