La tentation d’un processus sur mesure

Redigé par Tite Gatabazi
Le 9 janvier 2026 à 11:52

Les initiatives diplomatiques engagées par le président Félix Tshisekedi entre décembre 2025 et janvier 2026 laissent entrevoir une inflexion stratégique lourde de conséquences : un éloignement méthodique des cadres de paix de Doha et de Washington, au profit d’un nouveau schéma, plus ductile et politiquement maniable, adossé à Luanda.

Cette reconfiguration, loin d’être anodine est perçue par de nombreux observateurs comme répondant davantage aux impératifs de survie politique du régime qu’à l’exigence impérieuse d’une pacification durable de l’Est de la République démocratique du Congo.

Les 5 et 8 janvier 2026, le chef de l’État congolais s’est rendu à Luanda pour une visite de travail consacrée, selon la communication officielle, à l’examen de la situation sécuritaire et humanitaire dans les provinces orientales du pays, en concertation avec son homologue angolais, le président João Lourenço.

Mais derrière ce vernis diplomatique se dessine une entreprise autrement plus structurante : la mise en chantier d’un nouveau processus de paix placé sous l’égide angolaise.

Des sources proches des deux présidences confirment que Kinshasa et Luanda explorent activement les contours d’un mécanisme inédit, censé succéder à des initiatives désormais reléguées au rang d’échecs patents.

Le processus de Nairobi, piloté par la Communauté d’Afrique de l’Est, tout comme le cadre de Luanda initial, porté par l’Union africaine, se sont en effet effondrés, minés par l’inexécution répétée de leurs résolutions par les autorités congolaises elles-mêmes. Cette non-conformité persistante a vidé ces dispositifs de leur substance, transformant des engagements solennels en déclarations sans portée.

Une paix instrumentalisée

Tout en réaffirmant publiquement son attachement à la stabilité de l’Est congolais, Félix Tshisekedi semble désormais prendre ses distances avec les accords de Doha et de Washington, pourtant salués en leur temps comme des avancées prometteuses. Leur relative rigidité normative, leur ancrage multilatéral et les mécanismes de suivi qu’ils impliquent apparaissent manifestement incompatibles avec une stratégie politique fondée sur la flexibilité, voire l’évitement des contraintes.

L’option d’un dialogue intercongolais relocalisé à Luanda offre, en revanche, un cadre plus malléable, moins exposé aux pressions internationales et davantage susceptible d’être calibré selon les intérêts immédiats du pouvoir en place. Cette démarche, présentée comme une initiative souveraine et inclusive, soulève néanmoins une interrogation centrale : peut-on sérieusement prétendre bâtir la paix sur un processus façonné à l’aune des calculs de conservation du pouvoir ?

A force de substituer les cadres, de rebaptiser les mécanismes et de déplacer les scènes de négociation, le risque est grand de réduire la paix à un simple instrument rhétorique, vidé de toute effectivité sur le terrain.

Or, l’Est de la RDC, meurtri par des décennies de violences armées, ne saurait se satisfaire d’une diplomatie de façade ni de processus conçus pour neutraliser l’urgence politique plutôt que pour traiter les causes profondes du conflit.

Ainsi, l’« option Luanda », si elle se confirme, constituera moins un tournant historique qu’un révélateur : celui d’un pouvoir plus soucieux de reconfigurer les termes du dialogue que de se soumettre aux exigences, pourtant incontournables, d’une paix authentique, contraignante et durable.

Félix Tshisekedi a amorcé un virage stratégique, s’éloignant des cadres de paix de Doha et Washington au profit d’un schéma plus maniable, soutenu par Luanda

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