Corneille Nangaa hausse le ton

Redigé par Tite Gatabazi
Le 4 février 2026 à 11:52

L’escalade verbale attribuée à Corneille Nangaa ne saurait être lue comme un simple accès de rhétorique martiale. Elle constitue, en réalité, un révélateur brutal de l’état de décomposition morale, politique et stratégique dans lequel s’enlise le régime de Kinshasa.

Depuis le 22 janvier, le déferlement de violences contre les populations civiles de Minembwe et des Hauts-Plateaux s’inscrit dans une logique désormais familière : celle d’un pouvoir qui, incapable de gouverner par le droit, choisit de régner par la force, et qui, faute de légitimité, instrumentalise la terreur.

L’usage combiné de moyens militaires lourds, aviation de combat, drones armés, forces régulières et supplétives hétéroclites contre des populations civiles, aggravé par la coupure délibérée des communications, marque un seuil qualitatif dans la dérive autoritaire du régime.

Cette militarisation tous azimuts, déployée dans l’opacité la plus totale, trahit moins une stratégie de sécurité qu’un aveu d’impuissance politique. Lorsqu’un État confond maintien de l’ordre et punition collective, il abdique sa vocation régalienne et se transforme en machine de coercition aveugle.

C’est dans ce contexte que le discours de Nangaa prend sens. Il ne crée pas la rupture ; il l’énonce. Il ne provoque pas la mutation du rapport de force ; il la constate et la proclame.

La prétendue « supériorité technologique » sur laquelle reposait la doctrine sécuritaire de Félix Tshisekedi apparaît dès lors comme une illusion dangereuse, entretenue par une foi naïve dans la toute-puissance de l’armement et du ciel. L’idée selon laquelle la domination aérienne suffirait à soumettre durablement des territoires et des populations relève d’une vision archaïque de la guerre, déjà démentie par l’histoire contemporaine.

L’avertissement adressé à l’aéroport de Kisangani, au-delà de sa charge symbolique, signale un basculement stratégique majeur : la fin de la sanctuarisation implicite des infrastructures utilisées comme plateformes de projection de la violence étatique.

Que l’on s’en alarme ou qu’on s’en félicite, ce tournant est le produit direct de la politique menée par Kinshasa. Il est l’effet, non la cause, d’un pouvoir qui a fait de la mauvaise foi un marqueur central de son action : mauvaise foi dans les processus de dialogue, mauvaise foi dans l’application des accords, mauvaise foi dans la lecture des causes profondes du conflit.

Cette mauvaise foi est devenue systémique. Elle irrigue une politique rétrograde, fondée sur le déni, la stigmatisation et la fuite en avant sécuritaire. En refusant obstinément toute solution politique inclusive, en criminalisant toute revendication périphérique, en substituant la force brute à la négociation sincère, le régime congolais a méthodiquement préparé les conditions d’une radicalisation généralisée.

Les conséquences en sont aujourd’hui désastreuses : fragmentation accrue du territoire, banalisation de la violence, internationalisation rampante du conflit, et souffrance indicible des populations civiles prises en étau.

L’affirmation selon laquelle « le rapport de force a muté » doit être entendue comme un signal d’alarme adressé à la communauté nationale et internationale. Elle souligne l’échec d’un État qui n’a su ni protéger ses citoyens, ni construire un horizon de paix crédible. Elle rappelle surtout une vérité que les régimes autoritaires feignent d’ignorer : la technologie ne remplace ni la légitimité, ni la justice, ni le dialogue.

Le choix est désormais clair. Soit le pouvoir de Kinshasa persiste dans l’arrogance technologique et l’illusion de la domination par la peur, au risque d’un embrasement irréversible ; soit il accepte enfin l’épreuve de la raison, du dialogue et de la responsabilité historique.

En ce sens, la formule est implacable : la récréation est finie. Non pour les peuples qui n’ont jamais cessé de payer le prix du chaos, mais pour un pouvoir sommé de répondre, enfin, des conséquences de sa propre mauvaise foi.

L’escalade verbale de Corneille Nangaa révèle surtout la décomposition morale, politique et stratégique du régime de Kinshasa, au-delà d’un simple accès de rhétorique

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