Comment ne pas être saisi d’étonnement devant le traitement réservé à Protais Zigiranyirazo, dit « Monsieur Z », figure emblématique et unanimement reconnue du « réseau Zéro », machine logistique et meurtrière de l’extermination ?
Décédé au Niger, sa dépouille a trouvé sépulture en France, à Orléans, comme si la République, en un geste solennel, avait choisi de conférer à sa mémoire une forme de dignité posthume. Non pas qu’il s’agisse d’un simple rapatriement dicté par l’humanité des circonstances : il faut rappeler que cet homme fut identifié, de manière claire et irréfutable, comme l’un des pivots du dispositif criminel qui plongea le Rwanda dans l’abîme en 1994.
Toutes les chancelleries occidentales avaient eu communication d’un document détaillé et accablant rédigé par Christophe Mfizi, ancien directeur général de l’ORINFOR, qui exposait avec précision les ramifications et la nocivité de ce réseau. Malgré cela, les leviers d’influence ont été actionnés pour que la France accueille sa dépouille, consacrant ainsi une forme d’hospitalité funéraire à un criminel d’envergure historique.
Cette générosité post-mortem fait écho à une indulgence judiciaire qui, à d’autres égards, prend la forme d’un assourdissant scandale. Le non-lieu rendu en faveur d’Agathe Kanziga, veuve du président Habyarimana, ne cesse de hanter les consciences. Les travaux du juge Trévidic, corroborés par les analyses de plusieurs services de renseignement étrangers, avaient pourtant mis en évidence des éléments concordants et accablants impliquant directement le clan de l’Akazu dans l’attentat du 6 avril 1994, matrice immédiate du génocide.
Le rapport de la Commission Duclert, fruit du travail d’historiens de renom ayant eu accès à des archives sensibles, converge lui aussi vers cette même conclusion : la responsabilité pleine et entière de l’entourage présidentiel, en particulier de Mme Agathe et de ses frères, cousins et affidés, dans la conception et la mise en œuvre du génocide.
Comment expliquer alors qu’en dépit de ces preuves patiemment accumulées, la justice française ait choisi la voie du non-lieu ? N’est-ce pas là une insulte à la mémoire des victimes et une gifle au droit international, quand l’OFPRA, la Commission de recours et le Conseil d’État avaient, pour leur part, unanimement refusé à Agathe Kanziga le statut de réfugiée, précisément au regard de son rôle moteur dans la tragédie ?
La contradiction est d’autant plus criante que cette même femme, évacuée de Kigali vers Paris par ordre du président François Mitterrand, avec d’autres dignitaires du régime génocidaire, a trouvé en France non seulement un refuge matériel, mais une véritable forteresse judiciaire, où la réalité historique se voit travestie au nom de calculs inavouables.
Depuis lors, la France et la Belgique, se sont transformées en sanctuaires discrets pour ces responsables, au point de distordre les faits, d’écorner le droit et de confisquer la justice. La République, qui se proclame patrie des Lumières et des droits de l’homme, semble avoir cédé, dans ce dossier, aux pesanteurs d’alliances anciennes, aux zones d’ombre d’une diplomatie trouble, et aux inerties d’appareils judiciaires sensibles aux pressions politiques. Ainsi, par une perversion institutionnelle qui confine au tragique, l’asile et la clémence sont devenus les masques respectables de l’impunité.
En définitive, la question demeure entière : la France a-t-elle sous-estimé, ou plutôt choisi de protéger, les ramifications de l’Akazu sur son propre sol ? Ce doute, devenu certitude pour nombre d’observateurs, révèle une fracture éthique majeure, où l’exigence de justice pour les victimes du génocide se heurte à la complaisance d’un État prompt à offrir l’ombre de sa protection aux bourreaux.

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