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RD Congo : Tshisekedi en zone de turbulence

Redigé par Tite GATABAZI
Le 14 février 2022 à 03:25

L’arrestation du conseiller spécial en matière de sécurité du Chef de l’Etat Congolais, François Beya, est consécutive à « une tentative de déstabilisation des institutions de l’Etat ».

La nouvelle a fait l’effet d’une déflagration : le 5 février 2022, alors que le Président Tshisekedi est à Addis Abeba pour le sommet de l’Union Africaine, des agents de l’agence nationale de renseignement « ANR » pénètrent dans le domicile de François Beya à Kinshasa.

Il est en état d’arrestation !

Considéré, à juste titre, comme l’un des hommes les plus influents, compte tenu de sa position stratégique, François Beya est un homme du sérail.

Cet ancien de l’agence nationale de documentation « AND » sous Mobutu, de l’agence nationale de renseignement « ANR » sous Joseph Kabila, avait été Directeur Général de la direction générale des migrations de 2001 à 2019.

Avant d’être pris par le nouveau Président Tshisekedi au poste très stratégique de « conseiller spécial en matière de sécurité ».

Après le très redouté Kalev Mutond, ex Administrateur Général et homme fort de l’ANR en fuite, John Numbi, ancien inspecteur général de la police nationale en cavale.

Après la mort mystérieuse le 28 février 2020 du chef des renseignements militaires, le Général Delphin Kahimbi et les zones d’ombre qui entourent la thèse de suicide peu convaincante.

Suivie le 2 mars 2020 de celle de Léon Lukaku, directeur du contre-espionnage de l’ANR.

La mort des deux hauts responsables de la sécurité militaire n’est pas sans rappeler celles du Colonel Mamadou Ndala et du Général Bahumu en 2014.

En mai 2020, le Chef de l’Etat avait mis vingt et un généraux à la retraite.

Dans la foulée, le Général Fall Sikabwe, commandant de la 3e région militaire était arrêté pour « détournement de fonds publics ».

Voilà François Beya, l’homme qui murmurait à l’oreille du Chef de l’Etat aux arrêts de rigueur.

Une très délicate gestion de l’appareil sécuritaire dont le Chef de l’Etat semble ne pas avoir la maitrise parfaite.

Le communiqué de la présidence lu sur les antennes de la télévision nationale indique qu’il existe « des indices suffisamment sérieux » qui pèsent sur lui dans « une tentative de déstabilisation des institutions démocratiques ».

Les enquêtes se poursuivent et les investigations s’effectuent à différents niveaux.

On peut légitimement considérer qu’il n’a pas agi seul.

A Kinshasa les conjectures enflent, les débatteurs du « parlement debout » s’en donnent à cœur joie et les réseaux sociaux bruissent des noms des généraux Jean-Claude Yav et Mayanga Wabishuba sans confirmation officielle.

Fruit de conspiration ou guerre de clans, ce énième esclandre atteste d’un malaise dans cette « cohabitation conflictuelle » au sommet de l’Etat.

Depuis son investiture et les affrontements politiques sans merci, on savait Tshisekedi sur une corde raide.

De part un déséquilibre flagrant du rapport de force entre les plates-formes politiques en présence.

A l’assemblée nationale, au sénat, au gouvernement, dans les assemblées provinciales mais aussi et surtout dans l’armée et les services de sécurité ; Joseph Kabila tenait les leviers du pouvoir.

Il faut avouer, sans fausse modestie, que Tshisekedi vient de loin, très loin.
Il lui aura fallu une forte dose de patience, de doigté pour se défaire de son trublion directeur de cabinet, Vital Kamerhe.

De renverser le rapport de force dans la quasi-totalité des institutions au nez et à la barbe de Kabila et reprendre la main. Un véritable exploit !

Pour investir l’un après l’autre les places fortes du pouvoir, verrouillées par l’ancienne majorité et isolé l’omniprésent Joseph Kabila, Tshisekedi aura apporté la preuve palpable qu’il est fin stratège.

Depuis le 25 janvier 2022, Joseph Kabila séjourne en Afrique du Sud. On y annonce des conciliabules.

Le 9 février 2022, son frère Zoé Kabila qui voulait le rejoindre en a été empêché.

Le clan Kabila dont « Congo hold-up » a dévoilé les secrets du pillage des ressources du pays durant dix-huit ans et dont on attend les suites judiciaires est dans la tourmente.

Des révélations suite à une enquête produite par un consortium international de médias et d’ONGs qui démonte un système sophistiqué de corruption, de blanchiment d’argent et autres crimes financiers d’envergure.

Comme si cela ne suffisait pas, voilà le Président ad intérim du parti du Président de la République, l’UDPS, vice-président de l’assemblée nationale et coordonnateur de la nouvelle majorité présidentielle « union sacrée » qui démissionne de tous ses mandats.

Dans sa première déclaration sur les réseaux sociaux, Jean Marc Kabund A Kabund lâche ceci : « … Ainsi s’ouvre une nouvelle page de l’histoire qui sera écrite avec la sueur de notre front, qui coulera chaque jour qu’on affrontera les brimades, humiliations et tortures ».

C’est une véritable charge contre son propre camp !

Pendant ce temps, Tshisekedi s’éloigne de la zone de turbulence et consolide son pouvoir avant de passer à l’action.

Car tous ces changements, aussi spectaculaires soient-ils, n’ont aucun impact sur le panier de la ménagère congolaise. Là est le hic !

L’église catholique se fait porteuse de cette grogne sociale et du désenchantement de la population. La désillusion et les frustrations des congolais sont une véritable bombe à retardement.

C’est l’héritage des charismatiques cardinaux Malula et Monsengwo !
Le cardinal Fridolin Ambongo est au cœur d’une controverse. Mais là n’est pas le débat.

Plus question de recycler les effets d’annonce et de promesses. Lutte contre la corruption, pacification de l’Est, amélioration des conditions de vie. Le changement tarde à venir.

Les élections de 2023 risquent d’être un casse-tête politique et sécuritaire.
Il faut agir vite.


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