Mike Mukebayi appartient à cette rare catégorie d’acteurs politiques lucides, au franc-parler assumé, atypiques dans un paysage saturé de calculs et d’ambiguïtés. Indomptable, il dit tout haut ce que beaucoup murmurent à voix basse, et refuse obstinément de se laisser compter parmi les courtisans de circonstance.
Sa déclaration selon laquelle « le dialogue ne peut pas se tenir à Kinshasa car Félix Tshisekedi n’est plus le maître du jeu » résonne comme un constat brutal, mais difficilement réfutable. Elle ne procède ni de la provocation gratuite ni de l’animosité personnelle, mais d’une lecture froide des rapports de force actuels.
Pour Mukebayi, coordonnateur de Ensemble pour la République à Kinshasa, la capitale congolaise ne saurait accueillir un dialogue national inclusif dès lors que le pouvoir central a perdu l’initiative politique et la maîtrise effective du terrain.
Cette perte d’ascendant, selon lui, n’est pas seulement symbolique ; elle est stratégique. Elle affecte la crédibilité même de Kinshasa comme espace neutre, sécurisé et souverain pour un dialogue censé refonder le pacte national. Organiser une telle rencontre dans une capitale où l’autorité de l’État est contestée, fragmentée ou affaiblie reviendrait à confondre l’apparence du pouvoir avec sa réalité.
Dialogue national et fin de l’unilatéralisme : Mike Mukebayi face à la nouvelle donne politique
Au cœur de l’argumentation de Mike Mukebayi se trouve une rupture fondamentale : la fin de l’unilatéralisme présidentiel. Depuis la signature du premier communiqué conjoint à Doha, suivie de l’accord global pour une paix durable, le gouvernement congolais n’apparaît plus comme un acteur unique dictant les termes du jeu, mais comme une partie parmi d’autres dans un processus désormais internationalisé et multilatéral.
Dans ce nouveau contexte, Félix Tshisekedi ne peut plus imposer seul ni le lieu, ni le format, ni les modalités du dialogue. Comme le souligne Mukebayi avec une franchise désarmante :
« Félix Tshisekedi dit que le dialogue pourrait se tenir à Kinshasa. Il sait que cela ne tiendra pas. Cette proposition ne tiendra pas parce qu’il n’est plus le maître du jeu. »
Cette phrase, au-delà de sa rudesse apparente, traduit une vérité politique dérangeante : le centre de gravité décisionnel s’est déplacé hors de Kinshasa.
Le dialogue national inclusif, s’il veut être autre chose qu’un simulacre, ne peut plus être conçu comme un instrument de légitimation du pouvoir en place, mais comme un cadre de négociation imposant concessions, équilibres et garanties. Or, un tel processus exige un espace perçu comme crédible par l’ensemble des parties prenantes, ce que Kinshasa, dans l’état actuel des choses, ne parvient plus à incarner.
En définitive, la position de Mike Mukebayi met à nu une réalité que beaucoup s’efforcent encore de dissimuler : le pouvoir congolais n’est plus en position de surplomb. Il est entré dans une phase où il doit composer, négocier et parfois céder.
Refuser de l’admettre, c’est s’exposer à l’échec du dialogue avant même son ouverture. L’indocilité de Mukebayi n’est donc pas une posture ; elle est l’expression d’un réalisme politique que la République gagnerait à écouter, plutôt qu’à redouter.














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