Ce mal n’est ni conjoncturel ni imputable à de simples erreurs de jugement ; il procède d’une culture du pouvoir où l’anticipation est sacrifiée à l’improvisation, où la parole publique se substitue à l’action structurée et où la complexité des faits est systématiquement niée au profit de narrations commodes.
Le gouvernement au lieu d’assumer la rigueur qu’exige l’exercice de la souveraineté, s’enlise dans une communication défensive, davantage soucieuse de sauver les apparences que de répondre aux exigences du réel.
Cette pathologie de gouvernance produit un effet corrosif sur l’ensemble de l’édifice institutionnel. La contradiction permanente entre ce qui est proclamé et ce qui est pratiqué finit par dissoudre la crédibilité de la parole publique, transformant les engagements officiels en promesses creuses et les orientations politiques en signaux brouillés.
Le déni de réalité, loin d’être une posture passagère, devient alors un instrument de survie politique, permettant d’éluder les responsabilités et de repousser indéfiniment l’heure des choix décisifs. Mais à force de refuser de nommer les faits et d’en assumer les implications, le pouvoir s’expose à une perte progressive de légitimité, laissant s’installer un climat de défiance généralisée où l’État apparaît non plus comme l’instance ordonnatrice du politique, mais comme un acteur désorienté, prisonnier de ses propres contradictions.
Ce triptyque délétère ne relève ni de l’accident ni de la maladresse ponctuelle ; il constitue un mode opératoire devenu structurel, au point d’affecter la crédibilité même de l’État. Chaque initiative diplomatique, au lieu de s’inscrire dans une trajectoire lisible et cohérente, se dissout dans une succession de revirements, de déclarations contradictoires et de récits concurrents, révélant une incapacité chronique à assumer une ligne politique stable.
Le nouveau cycle de dialogue, placé sous médiation angolaise, illustre avec une clarté presque cruelle cette pathologie du pouvoir.
Alors même que le chef de l’État avait solennellement affirmé qu’aucun dialogue ne saurait voir le jour sans procéder de sa seule initiative, le pays a été entraîné dans une valse diplomatique où les principes proclamés se trouvent aussitôt démentis par les actes.
Le boycott de Doha, justifié par une mise en cause du Qatar jugé trop proche de l’AFC/ M23 et du Rwanda, a servi de prétexte à l’ouverture précipitée d’une nouvelle séquence à Luanda, présentée comme une alternative souveraine et maîtrisée. Pourtant, cette reconfiguration s’est opérée sans clarification préalable, ni sur la portée du processus existant, ni sur les conditions de sa clôture, instaurant dès l’origine une confusion préjudiciable.
Le règne du double langage
À Luanda comme à Kinshasa, le discours officiel s’est alors voulu rassurant et inclusif : il était question d’un dialogue élargi, associant opposants politiques et confessions religieuses, devant se tenir sur le sol congolais, à Kinshasa, comme gage de souveraineté retrouvée.
Cette narration, confirmée publiquement par les autorités gouvernementales, semblait tracer les contours d’une initiative assumée par le pouvoir en place. Or, à peine cette version avait-elle été installée dans l’espace public qu’elle se trouvait brutalement reniée par les cercles proches du régime, lesquels ont entrepris d’attribuer l’initiative à des figures de l’opposition Nangaa, Katumbi et Kabila dans une tentative manifeste de se dédouaner d’un processus devenu politiquement risqué.
Ce retournement, dénoncé comme fallacieux par l’AFC/M23 elle-même, met en lumière une constante troublante : l’existence d’un double langage institutionnalisé, où ce qui se signe à l’extérieur ne correspond jamais à ce qui se proclame à l’intérieur.
De Nairobi à Luanda, de Doha à Washington, la diplomatie congolaise semble évoluer dans une duplicité permanente, oscillant entre engagements formels et reniements discursifs. Cette incohérence n’est pas sans conséquences : elle mine la confiance des partenaires, fragilise les mécanismes de médiation et entretient un climat de suspicion généralisée.
A force de vouloir ménager toutes les postures sans en assumer aucune, le pouvoir s’enferme dans une logique d’autodélégitimation, où la parole officielle perd toute valeur performative.
Ainsi, ce qui devrait être un instrument de sortie de crise se transforme en symptôme aggravé d’une gouvernance incapable de choisir entre la clarté politique et la fuite en avant.














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