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Ce monde qui nous échappe

Redigé par Tite Gatabazi
Le 4 février 2022 à 07:18

André Malraux, le plus célèbre ministre français de la culture, écrivain, compagnon de route du Général De Gaulle et témoin de l’histoire a écrit : « le 21è siècle sera spirituel ou ne sera pas ».

Reste à savoir de quelle spiritualité il s’agissait.

Est-ce le retour du tout religieux, la vague des sectes qui pullulent ou alors l’attrait pour la philosophie, la quête de sens et d’éternité, l’aspiration à un ailleurs ou autrement, toutes les voies qu’elles soient individuelles ou collectives ; qui sont les possibles antidotes au matérialisme ambiant.

Selon Platon, le sens de la vie serait d’obtenir la plus haute forme de connaissance, l’idée du « Bien » d’où dériveraient toutes les choses bonnes et utiles.

Dans son livre « Mythe de Sisyphe », Albert Camus estime qu’il n’y a qu’un problème sérieux qui vaille la peine : il se demande, en effet, si la vie vaut la peine d’être vécue !
Camus nous incite à la réflexion car la vie ne peut pas ne pas avoir de sens. C’est parce que Camus et les autres existentialistes prêtent un sens très fort à la vie, qu’ils proclament « l’absurdité de l’existence ».

Selon plusieurs philosophes, notre vie peut n’avoir aucun sens à nos yeux mais elle a de la valeur. Sauf que la question du sens de la vie ne se pose à un être vivant que si celui-ci en est conscient.

Car nous vivons une période de l’histoire ou on sent qu’il y a des évidences qui ne le sont plus.

Avec une brutalité croissante des rapports humains, la crispation de la société, le rejet de l’autre.

Une grille de lecture des conflits qui s’est complexifiée avec l’apparition des acteurs locaux soutenus par des ingérences étrangères à l’exemple de la Libye et la Syrie sans oublier la Centrafrique et la République Démocratique du Congo.

Et on a comme l’impression que ça s’aggrave de plus en plus.

Le capitalisme consumériste mis en place au début du 20è siècle aux Etats Unis d’Amérique suppose de canaliser le désir des individus et de les réorienter vers la marchandise.

C’est-à-dire de détruire le désir car la marchandise ne se désire pas, elle se consomme. Et le désir n’est pas la consommation.

Et les objets qu’on consomme sont destinés à la destruction.

Ce système reposait sur la valorisation de l’emploi et la redistribution de la valeur du pouvoir d’achat à travers l’emploi pour rendre solvable les marchés de production.

Ce système est à bout de souffle et risque de s’écrouler.

En effet, le monde est passé de l’époque industrielle à celle immatérielle d’internet et ses dérivés.

Les emplois industriels ont chuté partout en occident d’où un problème sérieux de chômage faute d’anticipation des différents gouvernements.

Le rapport Obama tenu secret indiquait clairement la disparition de 74% de postes dans l’industrie en occident. C’était énorme.

Et la grande question aujourd’hui est la possibilité ou non de réhabiliter l’esprit critique. Les scientifiques sont dubitatifs sur cette réalisation.

Nous sommes à l’heure des algorithmes et de l’intelligence artificielle.

Les grands médias internationaux n’ont fait aucun cas de la décision de la Chine d’acheter son pétrole avec sa propre monnaie convertible en or à Hong Kong. Ce qui présage de l’effondrement du dollar.

On assiste à des changements qui se manifestent sur la scène internationale et qui sont le résultat d’une accumulation d’un processus antérieur.

Un bouleversement des enjeux d’équilibre géopolitiques avec à la clé des vagues migratoires, le terrorisme, le réchauffement climatique et la pandémie de la Covid 19.

L’explosion de la croissance chinoise, de l’Inde et dans une moindre mesure de la Russie et du Brésil de Lula (BRICS) ont commencé à bousculer l’hégémonie économique de l’occident.

En 2006, ces pays décident de faire de leur groupe un nouveau pôle de puissance et en 2011 ils accueillent la République Sud-Africaine.

Ce groupe représente un quart à la fois de l’économie mondiale et de la population de la planète.

C’est un véritable contre poids à la toute-puissance occidentale et un espoir pour les pays qui ont longtemps souffert de la domination occidentale.

Les craintes selon lesquelles l’Europe, la France en tête, perdent de l’influence se manifestent aussi en Afrique. Et la Russie joue sur les perceptions et les ressentiments pour gagner des parts d’influence et des ressources.

Le Mali vient d’expulser l’ambassadeur de France. Tout un symbole.

L’avènement de Trump aux USA et ses quatre années chaotiques et controversées a terni l’image des USA dans le monde allant jusqu’à menacer son influence.

La perception négative de sa démocratie devenant un sujet de préoccupation.

Ce dernier est revenu sur les accords sur le nucléaire Iranien et le climat de Paris, a retiré les USA de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a coupé les crédits à l’UNESCO et celui pour les réfugiés palestiniens dans le Proche Orient (UNIRWA). Sa capacité à convaincre et à influencer les autres pays en vue d’agir sur les questions mondiales a soulevé des inquiétudes.

L’échiquier international est en pleine recomposition troublée par la combinaison des différents phénomènes.

Au cœur même du bloc occidental, les engagements n’ont plus leur fiabilité d’antan.

Les sujets ne manquent pas : la question des alliances, du commerce international, de l’immigration, du climat et bien d’autres.

Mais les problèmes couvaient depuis des décennies en atteste l’adhésion aux idées et mouvements extrêmes.

Les Occidentaux ont fait preuve de naïveté et d’incompétence en croyant pouvoir continuer à étendre l’OTAN et l’Union Européenne vers l’Est dans la sphère d’influence de la Russie de Poutine sans qu’il ne réagisse.

En politique, les évolutions ne sont pas linéaires. Elles font des zigs zags et souvent pour de mauvaises raisons.

Plutôt que de se consolider, les sanctions occidentales contre la Russie, les relations difficiles entre la Chine et l’Inde, le décrochage du Brésil de Bolsonaro ont ralenti et retardé la réalisation des objectifs ambitieux.

Mais cette graine devra germer et pousser pour influer sur le nouveau multilatéralisme. Les économies émergentes en sont un gage.

Il est vrai que l’Europe semble être à la traine de la mondialisation. Elle n’arrive pas à adapter le changement dans le contexte organisationnel.

C’est-à-dire, acquérir les réflexes appropriés et les méthodes correspondant à l’air du temps que le monde traverse.

Le plus difficile pour eux étant de renoncer à leurs croyances, tout ce qui a fait leur histoire et/ou leur gloire dans lesquels ils s’inscrivent.

La nostalgie d’un âge d’or qui correspond à la mise en place d’un ordre mondial conçu en grande partie aux USA.

Sa culture individuelle aura montré que son système de valeur est toxique. Lequel a rongé la société au point de la vider de sa substance.

Les valeurs, l’économie, la politique, la sociologie tout change.

Dans les églises, les vocations ont fondu comme la neige sous le soleil.

Il est indispensable, pur comprendre cette crise de vocation, de la situer dans les mutations qui affectent la société, pour ne pas dire de civilisation.

Ces mutations sont la source de plusieurs crises qui peuvent expliquer la raréfaction des vocations.

Le monde d’aujourd’hui est confronté à des problèmes inextricables et insolubles et surtout presque tous interconnectés les uns avec les autres.

Et en changeant les valeurs de base de la vie, les humains sont en train de changer de civilisation.

Les décideurs sont confrontés à leurs propres zones d’ombres et ambiguïtés.

Philippe Destatte le résume en affirmant : « Nous sommes dans une longue transition, un changement de paradigme sociétal : une mutation complexe, profonde, systémique, structurelle et structurante de toutes les sphères de la société. »

Ce monde qui nous échappe

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