Les déclarations récentes d’Olivier Kamitatu, figure issue des recompositions successives de la scène politique congolaise, de ses engagements passés aux côtés de Jean-Pierre Bemba jusqu’à son ancrage actuel dans le camp de Moïse Katumbi s’inscrivent dans une séquence révélatrice d’une crise plus profonde : celle de la fragilité des garde-fous constitutionnels face à la permanence des ambitions de pouvoir.
En affirmant, avec une assurance presque désabusée, que la Constitution sera révisée comme unique voie permettant au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir, Kamitatu ne se contente pas d’émettre une hypothèse politique ; il esquisse les contours d’un basculement institutionnel redouté.
Son propos, loin d’être isolé, résonne avec une série de prises de position convergentes au sein de différentes sphères du pouvoir et de ses périphéries, où l’idée d’une révision constitutionnelle s’impose progressivement comme une évidence stratégique plutôt que comme une question de principe.
Ce glissement n’est pas anodin. Il témoigne d’une mutation préoccupante du rapport à la norme fondamentale. La Constitution, censée incarner le socle intangible du pacte républicain, tend à être envisagée comme une variable d’ajustement, susceptible d’être infléchie au gré des nécessités politiques du moment.
Une telle approche, en réduisant le texte fondamental à un instrument au service de la conjoncture, en altère profondément la portée normative et symbolique.
Certes, toute Constitution est, par essence, révisable. Mais encore faut-il que cette révision procède d’une exigence collective, d’un débat transparent et d’une finalité clairement orientée vers l’intérêt général. Or, ce qui se dessine ici semble relever d’une logique inverse : celle d’une adaptation du cadre juridique aux impératifs d’un maintien au pouvoir.
Dans ce contexte, la question posée, celle de savoir si le combat contre la révision est perdu d’avance, prend une dimension presque existentielle pour la démocratie congolaise.
Car au-delà des déclarations et des postures, c’est la capacité des forces politiques et sociales à opposer une résistance structurée qui est en jeu.
Kamitatu lui-même le reconnaît implicitement : « les mots seuls ne suffiront pas ». Cette affirmation, lourde de sens, suggère que le rapport de force ne se joue plus uniquement dans l’arène discursive, mais dans la mobilisation effective des acteurs, qu’ils soient politiques, institutionnels ou issus de la société civile.
De fait, il apparaît que cette ligne n’est pas marginale. D’autres voix, parfois plus discrètes mais non moins influentes, convergent vers l’idée d’une révision inéluctable. Cette convergence dessine les contours d’un consensus implicite au sein de certaines élites, où la pérennisation du pouvoir prime sur la préservation des équilibres institutionnels.
Une telle dynamique, si elle venait à se confirmer, risquerait d’installer durablement une culture politique où la règle est subordonnée à l’intérêt du moment.
Pourtant, l’histoire politique du continent africain et de la République démocratique du Congo en particulier offre de nombreux exemples où des tentatives similaires ont suscité des réactions populaires d’une ampleur inattendue.
La Constitution, lorsqu’elle est perçue comme un rempart contre l’arbitraire, peut devenir un puissant vecteur de mobilisation. Encore faut-il que cette perception soit partagée et que les acteurs capables de la porter disposent des moyens de leur action.
En définitive, la question n’est peut-être pas tant de savoir si la révision constitutionnelle aura lieu, mais dans quelles conditions elle pourrait être acceptée ou contestée. Si elle s’impose sans débat, sans transparence et sans adhésion populaire, elle risque de fragiliser davantage un édifice institutionnel déjà soumis à de fortes tensions.
A l’inverse, si elle est l’objet d’un véritable processus démocratique, elle pourrait, en théorie, renforcer la légitimité des institutions encore que cette hypothèse demeure, dans le contexte actuel, largement hypothétique.
Ainsi, les propos de Kamitatu, loin d’être anecdotiques, agissent comme un révélateur. Ils mettent en lumière une tension fondamentale entre la permanence du pouvoir et la pérennité des règles qui le limitent. Et dans cette tension se joue, peut-être, l’avenir même de l’État de droit congolais.














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