Urgent

La lucidité comme préalable à toute résolution durable

Redigé par Tite Gatabazi
Le 26 avril 2026 à 07:23

Il est des paroles qui, par leur sobriété même, tranchent avec le tumulte des postures diplomatiques et des indignations circonstancielles.

A l’occasion de la World Policy Conference 2026 tenue à Chantilly, le Président Kagame a formulé une vérité d’évidence que d’aucuns s’emploient pourtant à esquiver : la crise qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo ne saurait être résolue dans la précipitation ni à coups d’incantations diplomatiques.

En rappelant que « le problème de l’Est de la RDC ne peut être réglé du jour au lendemain », le chef de l’Etat rwandais oppose à la tentation de l’immédiateté une exigence de profondeur analytique. Cette posture, loin d’être une esquive, constitue au contraire un appel à la responsabilité intellectuelle et politique.

Car toute crise qui s’inscrit dans la durée et celle-ci s’étire sur plusieurs décennies est, par définition, enracinée dans des causes multiples, souvent enchevêtrées, et parfois délibérément occultées.

La lucidité dont procède ce propos réside précisément dans le refus des raccourcis. Elle impose de reconnaître que les dynamiques de violence à l’Est du Congo ne relèvent ni d’un surgissement spontané ni d’une causalité univoque. Elles procèdent d’un faisceau de déterminants historiques, sécuritaires, politiques et identitaires, dont l’ignorance ou la simplification a trop souvent nourri l’impasse actuelle.

Le temps long du dialogue face aux illusions de l’urgence

En soulignant la nécessité « d’examiner les causes profondes et de prendre le temps du dialogue afin de trouver une solution mutuellement avantageuse », le Président Kagame introduit une exigence méthodologique qui heurte frontalement les logiques contemporaines de gestion de crise, trop souvent dominées par l’urgence médiatique et les réponses superficielles.

Le dialogue auquel il appelle n’est pas une simple formalité diplomatique, ni un rituel vidé de sa substance. Il s’agit d’un processus exigeant, fondé sur la reconnaissance des réalités, fussent-elles dérangeantes, et sur la volonté de construire des compromis durables.

Or, une telle entreprise suppose du temps, ce temps long que les agendas politiques, soumis aux cycles électoraux et aux pressions internationales, peinent à intégrer.

Plus encore, l’idée d’une « solution mutuellement avantageuse » rompt avec les schémas binaires qui dominent trop souvent les lectures du conflit. Elle suggère que la paix ne saurait être conçue comme la victoire d’un camp sur un autre, mais comme l’aboutissement d’un équilibre négocié, où les intérêts légitimes des différentes parties sont pris en considération.

Ainsi, le propos présidentiel se distingue par une double vertu : celle de la clarté, en ce qu’il nomme sans détour la complexité du problème, et celle de la lucidité, en ce qu’il refuse les illusions d’une résolution rapide.

Dans un contexte où les simplifications abusives tiennent lieu d’analyse et où les postures moralisatrices supplantent trop souvent la rigueur intellectuelle, cette parole constitue une invitation salutaire à rehausser le niveau du débat.

En définitive, l’examen des causes profondes n’est pas une option ; il est la condition sine qua non de toute paix véritable. Et le dialogue, loin d’être un luxe, en est l’instrument indispensable. Refuser cette évidence, c’est se condamner à la répétition indéfinie des crises. L’admettre, en revanche, c’est ouvrir la voie certes exigeante, mais nécessaire d’une stabilisation durable de l’est congolais.

Le Président Kagame a formulé une vérité d’évidence que d’aucuns s’emploient pourtant à esquiver

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