En affirmant qu’« il ne faut plus penser aux élections » et en convoquant, à titre de justification, une comparaison hâtive « Est-ce qu’il y a un projet d’élections en Ukraine ? » l’universitaire inscrit son propos dans une rhétorique bien connue : celle de l’exception permanente, où la guerre réelle ou supposée devient l’alibi commode de la suspension indéfinie du politique.
Cette posture intellectuelle, qui feint le réalisme stratégique tout en congédiant la souveraineté populaire, procède moins d’une analyse lucide des rapports de force que d’une naturalisation dangereuse de l’arbitraire.
Assimiler la République démocratique du Congo à un théâtre de guerre totale justifiant l’effacement du calendrier électoral revient à nier la spécificité des contextes, à instrumentaliser la comparaison internationale et, surtout, à dissoudre le principe même de la responsabilité politique.
La question n’est pas de savoir si l’Ukraine vote sous les bombes, mais de comprendre pourquoi, en RDC, l’idée même de l’alternance devient suspecte dès lors qu’elle menace l’ordre établi.
Que cette thèse soit formulée par un professeur d’université ne la rend pas plus solide ; elle la rend au contraire plus inquiétante. Car l’universitaire, par sa position sociale et symbolique, n’est pas un commentateur ordinaire : il est censé incarner l’exigence critique, la distance réflexive, la résistance aux facilités du discours dominant.
Or ici, la parole savante semble se muer en justification idéologique du statu quo, travestissant la résignation en sagesse, et la peur en doctrine.
L’élite complice et la tentation fascisante : quand le savoir abdique devant le pouvoir
L’histoire, pour qui consent à l’étudier sans complaisance, nous a pourtant légué un enseignement d’une clarté implacable : le fascisme ne surgit jamais du néant. Il est nourri, soutenu et légitimé par une élite complice, dont les privilèges, l’avidité et la myopie politique fournissent le terreau fertile à l’essor d’une barbarie organisée.
Ce sont rarement les masses seules qui enfantent l’autoritarisme ; ce sont les notables, les intellectuels accommodants, les professeurs silencieux ou zélés, qui lui offrent une respectabilité, une grammaire et une justification morale.
Lorsque l’on explique doctement qu’il faut « garder » un chef d’État en place au nom de la guerre, lorsque l’on disqualifie par avance toute exigence électorale comme naïveté irresponsable, on ne défend pas la stabilité : on prépare l’accoutumance à la domination.
Ce glissement est d’autant plus pernicieux qu’il se pare des atours du bon sens stratégique et de la rationalité académique. Il ne crie pas sa brutalité ; il la murmure avec componction.
La question posée des propos mûrement réfléchis d’un professeur d’université ou d’un fanatique, mérite en effet d’être posée, et elle vaut son pesant d’or. Non pour injurier un homme, mais pour interroger une posture intellectuelle.
Le fanatisme moderne ne se manifeste plus toujours par la clameur ou l’excès ; il se dissimule souvent derrière la modération apparente, derrière l’argument d’autorité, derrière l’idée faussement raisonnable qu’il n’y aurait « pas d’alternative ».
En renonçant à penser les élections comme un impératif, même en temps de crise, on ne protège pas l’État : on pervertit la conscience civique. On habitue les esprits à l’idée que la légitimité ne procède plus du peuple, mais des circonstances ; non plus du droit, mais de la peur. C’est ainsi que les institutions sont subverties de l’intérieur, et que la barbarie, loin de surgir comme une rupture, s’installe comme une continuité acceptable.
Là réside le véritable danger : non dans la guerre elle-même, mais dans l’abdication morale de ceux qui, sachant, choisissent de justifier l’injustifiable.
L’histoire, toujours sévère avec les impostures intellectuelles, n’absout jamais longtemps ceux qui ont confondu la prudence avec la soumission, et la réflexion avec la servilité.














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