A force d’osciller entre déclarations martiales et appels feints au dialogue, de récuser des cadres de négociation pour mieux s’y résoudre sous la contrainte des faits, elle donne l’image d’une politique étrangère gouvernée par l’improvisation et la dissonance stratégique.
Cette instabilité discursive, loin d’être anodine, altère la lisibilité de la position congolaise auprès de ses partenaires, nourrit la défiance des médiateurs et confère à chaque engagement diplomatique un caractère réversible, sinon suspect.
Ainsi, la parole de l’État, vidée de sa force performative, cesse d’ordonner le réel et devient un simple instrument tactique, manipulé au gré des circonstances, au risque de réduire la diplomatie congolaise à un exercice de contorsion permanente plutôt qu’à l’expression cohérente d’une volonté politique assumée.
En ce 1er février 2026, alors que les pourparlers entre l’AFC/M23 et le gouvernement de Kinshasa se poursuivent à Doha, la scène diplomatique donne à voir un ballet d’attitudes contradictoires où l’essentiel se joue moins dans les déclarations officielles que dans les silences, les postures et les messages indirects.
Le propos, volontairement sobre mais hautement symbolique, de Benjamin Mbonimpa agit comme un révélateur : il dit, sans emphase inutile, l’exaspération face aux tergiversations répétées de Kinshasa, à ces retournements de langage qui altèrent la crédibilité même de la communication gouvernementale.
Dire tout et son contraire, dénoncer un cadre de discussion tout en s’y rendant contraint et forcé, refuser le dialogue en théorie pour l’accepter dans les faits : telle semble être la grammaire diplomatique congolaise du moment.
Car Kinshasa se retrouve bien à Doha, malgré ses dénégations antérieures et ses postures de rejet ostensibles. Cette présence, imposée par la réalité du rapport de forces plus que par une adhésion sincère au processus, illustre l’incapacité du pouvoir à assumer clairement une ligne politique cohérente.
L’incertitude plane sur l’issue de ce nième round de discussions, tant les précédents ont accoutumé l’opinion à des cycles sans lendemain. Mais au-delà de la question du résultat immédiat, c’est la nature même de l’engagement congolais qui interroge : s’agit-il d’une réelle volonté de désescalade ou d’une simple séquence tactique destinée à gagner du temps, à contenir les pressions internationales et à recomposer, en coulisses, une stratégie de confrontation différée ?
Envoyés sans boussole : la stratégie des absents-présents comme méthode de gouvernement
Le fait le plus saillant de cette séquence demeure sans doute la décision de Félix Tshisekedi d’y dépêcher ses émissaires. Avec ou sans mandat clairement établi, peu importe au fond : leur présence suffit à entretenir l’illusion d’un engagement, tandis que leur marge de manœuvre réduite, volontairement ou non, permet de neutraliser toute avancée substantielle.
Cette stratégie des absents-présents, déjà éprouvée dans d’autres formats de négociation, consiste à occuper la table des discussions sans jamais s’y investir pleinement, à participer sans conclure, à écouter sans jamais consentir.
Dans cette logique, la délégation congolaise n’est pas tant chargée de négocier que de torpiller feutré¬ment les discussions, de multiplier les arguties procédurales, de renvoyer aux calendes grecques les décisions structurantes, tout en préservant l’apparence d’un État responsable et ouvert au dialogue.
Le processus devient alors une fin en soi, un espace de mise en scène diplomatique destiné à masquer l’absence de choix politiques clairs.
Doha n’est plus un lieu de résolution, mais un théâtre où se rejoue, encore et encore, la même pièce : celle d’un pouvoir qui feint l’ouverture pour mieux prolonger l’indécision.
Ainsi, nul ne peut raisonnablement parier sur l’issue de ces discussions tant que le dialogue restera instrumentalisé comme un simple outil de gestion de crise et non comme un engagement stratégique assumé.
Tant que Kinshasa persistera dans cette diplomatie de l’ambivalence, faite de reniements successifs et de présences contraintes, chaque round apparaîtra comme un recommencement stérile et chaque médiation comme un exercice suspendu entre l’espoir proclamé et l’échec programmé.














AJOUTER UN COMMENTAIRE
REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Ne vous eloignez pas du sujet de discussion; Les insultes,difamations,publicité et ségregations de tous genres ne sont pas tolerées Si vous souhaitez suivre le cours des discussions en cours fournissez une addresse email valide.
Votre commentaire apparaitra apre`s moderation par l'équipe d' IGIHE.com En cas de non respect d'une ou plusieurs des regles d'utilisation si dessus, le commentaire sera supprimer. Merci!