Cette assertion, présentée comme une ligne rouge éthique et juridique, apparaît en réalité comme un artifice rhétorique visant à légitimer un dialogue sélectif et à se distancier des responsabilités historiques et contemporaines du pouvoir exécutif.
L’argument présidentiel est non seulement discutable mais profondément paradoxal : s’il existe, selon lui, des individus ayant commis des crimes contre la population, il n’est pas moins avéré que le chef de l’État lui-même a été, à plusieurs reprises, associé à des actions répressives d’une extrême violence, ordonnées par son autorité ou par des organes placés sous son contrôle direct.
La longue litanie des violences imputables au régime de Tshisekedi est désormais inscrite dans la mémoire collective et les archives politiques du pays : le carnage des adeptes de Wazalendo à Goma orchestré par sa Garde Républicaine, les exactions perpétrées contre les jeunes affiliés à la JUNAFEC à Lubumbashi, les massacres de Kilwa et de Kasumbalesa, les bombardements aveugles de populations civiles dans les zones densement peuplées, le blocus de Minembwe ainsi que les exécutions sommaires de prisonniers à Makala et la mort tragique de Monsieur Sherubin Okende.
A cette sombre chronique s’ajoutent les processus politiques instrumentalisés, les exils forcés et désormais la défection ouverte de figures qui, pendant un temps, siégeaient au cœur même du pouvoir et qui rejoignent désormais l’AFC/M23.
Tous ces éléments convergent pour signaler, avec une acuité inquiétante, que l’espace de pouvoir se contracte inexorablement, se refermant sur lui-même et empruntant un couloir de plus en plus étroit, jusqu’à se muer en une impasse politique où la loyauté, la dissidence et la survie se heurtent aux limites d’un autoritarisme de plus en plus exclusif.
A ces crimes s’ajoutent des emprisonnements arbitraires, des intimidations et des politiques de contrôle social qui ont transformé des populations civiles en cibles permanentes d’un État militarisé. Dans ce contexte, la prétention de se présenter comme un garant de la moralité ou comme seul interlocuteur légitime du dialogue apparaît non seulement comme un paradoxe, mais comme une tentative manifeste de déni de responsabilité.
Le discours présidentiel, en s’érigeant en tribunal sélectif des « coupables », est ainsi détaché de la réalité historique et sociale de la République démocratique du Congo.
Il consolide une posture hors sol, un repli autoréférentiel dans lequel le pouvoir se légitime par la désignation de boucs émissaires, tout en s’exonérant des exactions commises par ses propres structures ou ordres directs.
Cette fuite des responsabilités est doublée d’un renoncement implicite à toute forme de dialogue véritablement inclusif : comment négocier avec des acteurs qui, selon la lecture présidentielle, seraient les seuls habilités à définir les contours de la légitimité, tandis que le chef de l’État, par omission ou par calcul, échappe à toute autocritique ou sanction ?
Cette posture révèle une stratégie d’isolement moral et politique. En prétendant exclure du dialogue ceux qu’il accuse de crimes, Tshisekedi se place dans une posture d’innocence théorique, tout en renforçant son autorité par l’intimidation et la mise à l’écart systématique de l’opposition réelle ou potentielle.
Il en résulte une dissonance profonde entre la rhétorique présidentielle et la réalité de terrain : le dialogue devient un instrument de contrôle, une fiction destinée à masquer le déni et la gestion partiale de l’histoire récente.
En définitive, le discours du président ne traduit pas une volonté de justice ou de pacification nationale, mais illustre une fuite des responsabilités et un renoncement à l’exercice d’une gouvernance pleinement transparente et inclusive.
En refusant de se confronter à la vérité historique, en marginalisant les voix dissidentes et en réécrivant les contours de la culpabilité à son avantage, Tshisekedi consolide une vision sélective du pouvoir, détachée des réalités sociales et politiques du pays et éloignée des impératifs de responsabilité, de réparation et de dialogue véritablement national.














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