La constitution entre instrument et alibi ou le double langage du pouvoir

Redigé par Tite Gatabazi
Le 2 février 2026 à 01:00

La trajectoire récente de Félix Tshisekedi à l’égard de la constitution congolaise illustre avec acuité le paradoxe central du régime hybride : la loi fondamentale, conçue comme un pilier de stabilité et de légitimité, se transforme tour à tour en instrument de critique ou en alibi de conservation du pouvoir.

Lors d’un meeting à Kisangani en octobre 2024, le président dénonçait un texte « rédigé à l’étranger et par des étrangers » et annonçait la mise en place d’une commission chargée de produire une constitution « mieux adaptée aux réalités congolaises ».

Cette posture, justifiée par la prétendue nécessité de corriger les « pièges » de l’article 217, s’inscrivait dans une logique de réforme institutionnelle et d’actualisation normative. Elle correspondait, au moins sur le plan discursif, à une lecture rationnelle de la constitution comme instrument vivant, susceptible d’évoluer en fonction des besoins nationaux.

Pourtant, moins de deux ans après ces déclarations, le président revendique aujourd’hui le respect strict de la même constitution qu’il avait qualifiée de défectueuse. Cette inversion manifeste dépasse le simple retournement rhétorique : elle révèle l’instrumentalisation opportuniste de la loi fondamentale à des fins de légitimation politique.

La constitution n’est plus un cadre partagé de régulation des pouvoirs, mais un outil flexible que le pouvoir modèle selon ses besoins immédiats, alternant critique radicale et orthodoxie dogmatique selon les circonstances.

Dans ce va-et-vient, l’opposition et la société civile perçoivent, à juste titre, une stratégie de consolidation personnelle, doublée d’une tentative de neutralisation de tout mécanisme de contrôle démocratique.

Ce double langage illustre plusieurs dynamiques caractéristiques d’un régime autoritaire.

Premièrement, il traduit une volonté de maintenir la fiction du respect des institutions tout en les contournant dans la pratique. Deuxièmement, il révèle l’usage stratégique de la constitution comme alibi : dénoncer ses imperfections permet de légitimer des initiatives de réforme ou de contournement, tandis que revendiquer son respect offre un bouclier contre toute accusation d’illégitimité.

Enfin, ce comportement entretient l’incertitude et la confusion dans l’opinion publique, affaiblissant la légitimité des institutions et consolidant un pouvoir dépendant de la manipulation symbolique plus que de la force de ses réalisations.

L’oscillation entre réforme et orthodoxie n’est donc pas neutre : elle expose le pouvoir à un double risque. Sur le plan politique, elle alimente la méfiance des acteurs internes et des partenaires internationaux ; sur le plan institutionnel, elle fragilise la cohérence de la gouvernance et mine la confiance des citoyens dans les règles du jeu démocratique.

Cette pratique illustre, à l’échelle nationale, la tension entre le besoin de stabilité institutionnelle et la tentation de transformer la loi fondamentale en outil de survie personnelle, en masquant derrière la légalité apparente les dynamiques réelles de pouvoir et d’exclusion.

En définitive, le discours et les actes de Tshisekedi à l’égard de la constitution révèlent un pouvoir en quête permanente de justification et de légitimation, oscillant entre réforme théorique et respect formel.

Cette dualité illustre la fragilité d’un régime qui, en instrumentalisant la loi fondamentale, se prive d’une légitimité réelle et durable. Elle démontre comment l’opportunisme, le double discours et la manipulation des institutions deviennent les piliers d’un autoritarisme subtil, où la constitution n’est plus un garant de démocratie mais un instrument de contrôle et de conservation du pouvoir.

En fin de compte, un tel comportement prépare non seulement la défiance populaire et institutionnelle, mais expose le pays aux conséquences d’une gouvernance centrée sur l’intérêt personnel, plutôt que sur le bien commun.

La récente trajectoire de Félix Tshisekedi montre comment la constitution congolaise, pilier de légitimité, devient tour à tour outil de critique ou alibi pour conserver le pouvoir

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