L’illusion stratégique de la toute-puissance aérienne

Redigé par Tite Gatabazi
Le 29 janvier 2026 à 02:41

Toutes les études sérieuses de stratégie militaire, des doctrines classiques aux analyses contemporaines des conflits asymétriques, convergent vers un constat désormais incontestable : la force aérienne, à elle seule, ne gagne jamais une guerre.

Elle peut certes anéantir des infrastructures, disloquer des dispositifs militaires et semer, par la soudaineté de ses frappes, une terreur diffuse au sein des populations exposées. Mais cette capacité de destruction, aussi spectaculaire soit-elle, demeure foncièrement stérile sur le plan politique : la force aérienne ne pacifie pas les territoires, n’y restaure ni l’ordre légitime ni la confiance collective et se révèle structurellement incapable de produire une stabilité durable ou d’exercer la moindre forme de gouvernement.

Elle agit dans l’instant, frappe à distance, puis se retire, laissant intactes voire aggravées les fractures qu’elle prétend contenir.

Ce qu’elle abandonne dans son sillage n’est pas la paix, mais un paysage de ruines matérielles et morales : des communautés traumatisées, des liens sociaux brisés, des ressentiments durcis et des haines accumulées, promises à ressurgir sous des formes plus violentes encore.

En s’attaquant aux effets sans jamais traiter les causes profondes du conflit qu’elles soient politiques, sociales ou historiques la puissance aérienne entretient l’illusion de la maîtrise tout en nourrissant les conditions mêmes de la perpétuation de la guerre.

C’est dans ce contexte qu’il convient de replacer l’événement survenu hier. Un engin aérien hostile, engagé dans une manœuvre de survol de la zone de Minembwe et manifestement destiné à frapper des villages civils banyamulenge, a été neutralisé par nos forces à Point Zéro, à une dizaine de kilomètres de Minembwe.

Cette action défensive s’inscrit dans une logique de protection des populations civiles, face à une menace aérienne devenue récurrente.

Cet épisode n’est malheureusement pas isolé. Il s’inscrit dans la continuité d’alertes répétées, demeurées sans effet, concernant l’intensification préoccupante des frappes aériennes imputées à la coalition Kinshasa–Bujumbura. Ces attaques, menées en violation flagrante des principes les plus élémentaires du droit humanitaire, visent indistinctement des civils non armés, provoquant morts, blessés, déplacements forcés, panique généralisée et destruction systématique des habitations ainsi que des infrastructures sociales.

De l’entêtement sécuritaire à l’horizon judiciaire des responsabilités

Le MRDP-Twirwaneho réaffirme, avec gravité et constance, sa vigilance absolue face à toute entreprise mettant en péril la sécurité et la survie des populations civiles. La protection des vies humaines demeure une ligne infranchissable, quelles que soient les justifications sécuritaires invoquées par les auteurs de ces opérations.

Mais au-delà du fait militaire, c’est une dérive politique profonde qui se donne à voir. Le renfermement du pouvoir dans une logique exclusivement sécuritaire et coercitive, sourde aux avertissements, imperméable aux conséquences humaines de ses choix, ouvre inévitablement une autre perspective : celle de l’engagement des responsabilités au sommet de l’État.

Lorsque l’aveuglement stratégique se double d’une persistance dans des pratiques attentatoires aux civils, la question n’est plus seulement politique ou militaire ; elle devient judiciaire.

L’histoire contemporaine l’a amplement démontré : aucun pouvoir ne peut durablement se retrancher derrière la force brute sans s’exposer, tôt ou tard, à l’examen du droit et à la reddition de comptes.

Un engin aérien hostile, engagé dans une manœuvre de survol de la zone de Minembwe et manifestement destiné à frapper des villages civils banyamulenge, a été neutralisé au Point Zéro

Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Publicité