Les préalables de la confiance républicaine

Redigé par Tite Gatabazi
Le 3 février 2026 à 12:19

La scène politique congolaise se présente aujourd’hui comme un théâtre assombri par la répression systémique : elle est constellée d’opposants et d’activistes embastillés, jalonnée de figures contraintes à l’exil pour avoir échappé à l’élimination physique et marquée par une litanie funèbre dont l’énumération, à la fois interminable et macabre, s’étend désormais jusqu’aux généraux issus de l’armée nationale elle-même.

Ce paysage de coercition généralisée atteste d’une dérive profonde de l’ordre institutionnel, où la contestation est criminalisée et la dissidence assimilée à une menace existentielle.

Dans ce contexte, l’exigence portée par Ensemble pour la République ne saurait être assimilée à une posture tactique ni à un ultimatum de circonstance : elle s’inscrit dans la grammaire politique la plus élémentaire, celle qui conditionne l’existence même d’un dialogue authentique, faute de quoi toute prétention à la concertation ne serait qu’un simulacre sophistiqué, destiné à dissimuler la perpétuation de l’arbitraire sous les apparences d’une ouverture illusoire.

La levée des condamnations à caractère politique, la libération immédiate des prisonniers d’opinion, l’arrêt des poursuites judiciaires instrumentalisées, la suppression des entraves arbitraires à la liberté de circulation et la fin des pratiques de répression constituent le seuil minimal de respect de l’État de droit.

Ces mesures ne sauraient être présentées comme des concessions arrachées au pouvoir : elles sont l’expression même de l’obligation constitutionnelle, inhérente à tout régime qui prétend à la légitimité démocratique.

Car le dialogue, pour être crédible, ne peut naître dans un climat de coercition, d’intimidation et de soupçon. Il suppose un espace public assaini, où l’égalité des acteurs devant la loi n’est pas un slogan mais une réalité vécue. Tant que l’appareil judiciaire demeure mobilisé comme un instrument de dissuasion politique, tant que la liberté individuelle est subordonnée à l’allégeance, toute invitation au dialogue sonne creux.

La confiance ne se décrète pas ; elle se construit par des actes clairs, vérifiables et irréversibles, qui attestent d’une rupture avec les pratiques de l’arbitraire.

La prison comme symptôme d’un ordre dévoyé

Il est une vérité que nul vernis discursif ne peut dissimuler : les prisons du régime débordent de femmes et d’hommes dont la présence dans ces lieux inhumains et dégradants interroge, au plus profond, le fonctionnement de la justice congolaise.

Ces détentions, souvent privées de fondement juridique sérieux, révèlent une pathologie institutionnelle où la loi cesse d’être un rempart pour devenir un outil de domination.

L’enfermement politique ne constitue pas uniquement une violation manifeste des libertés individuelles, déjà gravement attentatoire à la dignité humaine ; il révèle plus profondément l’anxiété structurelle d’un pouvoir qui, faute d’assise morale et de légitimité consentie, renonce à la force de la conviction pour lui substituer l’arsenal de la contrainte, et abdique l’adhésion volontaire au profit de la peur comme mode de gouvernement.

En recourant à l’incarcération des voix dissidentes, l’autorité ne démontre ni sa solidité ni sa maîtrise, mais trahit au contraire sa fragilité intrinsèque : celle d’un régime qui, incapable de convaincre par le débat et la justice, s’emploie à discipliner par l’intimidation, transformant la loi en instrument de domination et la prison en ultime argument politique.

En ce sens, la demande de libération des prisonniers politiques n’est pas un geste de clémence attendu, mais une exigence de salubrité démocratique. Une société qui tolère l’incarcération des voix dissidentes s’habitue insensiblement à la négation de la pluralité, puis à l’effacement du droit.

Refuser ces préalables, c’est admettre que le dialogue n’est qu’un décor, destiné à masquer la volonté de faire taire et de soumettre. Les accepter, au contraire, serait reconnaître que la stabilité durable ne procède ni de la force ni de la peur, mais de la justice, de la dignité humaine et du respect scrupuleux des libertés fondamentales.

La scène politique congolaise reste assombrie par la répression : opposants emprisonnés, figures exilées et même généraux menacés

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